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Décès du dissident chinois Yang Tongyan

Laure Besnier - 10.11.2017

Edition - International - Yang Tongyan - Dissident Chinois - Décès Censure


L’écrivain et dissident chinois Yang Tongyan est décédé ce mardi 7 novembre, à l’âge de 56 ans. Il avait reçu en 2008 le prix PEN/Barbara Goldsmith « Freedom to Write » décerné par l'organisation internationale de défense de la liberté d’expression PEN et qui récompense les écrivains qui luttent pour la liberté d'expression. Opposé au pouvoir et ne s'en cachant pas, l’écrivain a subi jusqu'à sa mort l'ire du gouvernement chinois. 

 

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Elliott Brown CC BY-SA 2.0


Yong Tongyan écrivait sous le nom de Yang Tianshui. Il était un écrivain protéiforme et prolifique, qui a signé des poèmes, des nouvelles, des essais, des romans, des notes et a beaucoup écrit en prison. 
 

Un écrivain dissident

 

En effet, l’écrivain dissident purgeait une peine de 12 ans d’emprisonnement. Il fut aussi privé pendant quatre ans de ses droits politiques. Il avait été condamné en 2006 pour « subversion », au motif d'avoir publié des articles favorables à une réforme démocratique en Chine sur des sites comme Boxun et EpochTimes. Avant cela, il avait aussi été condamné à une peine de 10 ans pour avoir critiqué la répression contre le mouvement de 1989 en faveur de la démocratie en Chine. 

 

Selon Nicholas Bequelin, directeur régional pour l’Asie de l'Est à Amnesty International : « Yang Tongyan était un défenseur pacifique des droits humains et de la démocratie, qui a fait un énorme sacrifice personnel pour rester fidèle à ses principes. Les autorités avaient peur du pouvoir de ses écrits et ont fait tout leur possible pour le réduire au silence. Il n’aurait jamais dû passer un seul jour en prison, encore moins la moitié de sa vie. » 

 

Yang Tongyan est décédé après avoir été placé en liberté conditionnelle pour raison médicale, en août dernier. Il était atteint d’une tumeur au cerveau très avancée, et avait donc pu quitter la prison de Nanjing, dans la province chinoise du Jiangsu. Il avait servi 11 ans sur les 12 auxquels il avait été condamné. C’était la troisième demande de liberté conditionnelle appuyée par sa famille. 

 

Il était retourné brièvement chez lui, à Siyang (Province du Jiangsu). Comme il n’avait pas reçu l’autorisation de quitter le pays pour de meilleurs soins, il fut traité dans un hôpital à Shanghai spécialisé dans le traitement neurologique afin de subir une opération chirurgicale pour retirer la tumeur. 
 

Le refus d'extrader les prisonniers dissidents malades

 

 

Un décès qui rappelle celui de Liu Xiaobo, le 13 juillet 2017, dans des circonstances similaires. Un cancer du foie avait été diagnostiqué à l’écrivain qui, lui aussi, purgeait une peine de prison. Il avait été placé en liberté conditionnelle pour pouvoir recevoir les soins nécessaires et son état s’était aggravé très vite. La Chine avait refusé les demandes d’extradition du dissident par la communauté internationale. 

 

« Le décès d’un nouveau détenu de longue durée chinois remis en liberté pour raisons médicales est inquiétant. Dans de nombreux cas, des militants gravement malades ne se voient accorder une remise en liberté pour raisons médicales que tardivement, et les demandes de leurs familles visant à obtenir un traitement en dehors d’un centre de détention ou à l’étranger sont ignorées. Il semblerait que personne ne soit amené à rendre des comptes pour ces décès récurrents de personnes remises en liberté pour raisons médicales et qui ont été désignées par les autorités comme étant des “ennemis de l’État” » indique Nicholas Bequelin. 
 

Amnesty International rappelle aussi le cas de Cao Shunli, une militante originaire de Pékin, décédée d’une défaillance organique en mars 2014, après plusieurs mois passés en détention. Elle avait été privée de soins médicaux. 
 

Ne pas extrader les prisonniers dissidents ayant besoin de soin est donc une pratique récurrente en Chine. La censure chinoise limitant la liberté d’expression est toujours aussi inquiétante et surtout depuis que le président Xi Jinping, en place depuis 2013, a introduit de nouvelles lois restrictives, qui visent notamment internet. 

 

Via PENAmnesty International