Déclaré candidat dans un livre : le mépris sans limite de Sarkozy pour l'édition

Nicolas Gary - 23.08.2016

Edition - Les maisons - Nicolas Sarkozy président - livre communiqué conférence - mépris édition livres


Il y a le fond, et la forme. Et tout étudiant de lettres sait pertinemment que l’on ne sépare jamais les deux. Pourtant, la publication d’un livre par Nicolas Sarkozy, qui sert d’annonce à sa candidature pour la présidentielle, semble avoir totalement oublié ce détail. Une omission qui fait la joie de la presse, bien entendu.

 

Sarkozy

Luca Mascaro, CC BY SA 2.0

 

 

Tout pour la France, un titre accrocheur, mais une couverture qui rend les internautes hilares. Avec ce « t » en rouge, qui prête le flanc aux interprétations les plus... audacieuses : 

 

 

 

On en trouve bien d’autres dans les commentaires des Twittos, mais cette candidature présentée à travers un livre ne dupe personne. Le coup marketing est flagrant, et l’opération trop grosse pour passer. « J’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle de 2017. La France exige qu’on lui donne tout. J’ai senti que j’avais la force pour mener ce combat à un moment de notre histoire si tourmentée », écrit l’ex-président. 

 

Le degré 0 de l'écriture, voire en deçà

 

L’intention est bien de faire parler, et ça marche, comme toujours avec Nicolas Sarkozy. Officialiser une candidature avec un livre a tout de même de quoi inquiéter : outre la crise d’ego survitaminé, c’est donc un communiqué de presse (ou une conférence) de 240 pages, que le candidat s’offre. 

 

« Ce livre est le point de départ. Face à tant de défiance à l’égard de la parole publique, je veux convaincre les Français que le débat de la campagne doit s’intégrer à part entière au mandat présidentiel. C’est seulement en disant tout avant que nous aurons la légitimité pour tout faire après. Rien ne sera possible sans cette exigence de clarté », peut-on lire dans la présentation. 

 

La véritable innovation, dans cette candidature proclamée avec certainement un volumineux tirage – on parle de 100.000 exemplaires – c’est une fois de plus le mépris de Nicolas Sarkozy à l’égard de l’édition. Le livre, sans lui conférer de pouvoirs magiques ni l’installer trop haut sur un piédestal, méritait un traitement un peu plus respectueux. Reléguer le livre au rang de communiqué de presse, voilà qui montre combien la forme et le fond se rejoignent. C’est que la cohérence, n’est-ce pas : 

 

 

Et si c’est bien la première fois qu’un candidat passe par la parution d’un ouvrage pour entamer sa course à la présidentielle, alors la messe est dite. Les prédécesseurs avaient certainement une approche utilitariste de l’édition. Désormais, la voici cantonnée au rôle de porte-voix, et le mépris de Sakozy pour le livre confirmé.

 

Depuis l’affaire de la Princesse de Clèves, personne n’avait de doutes. Et les libraires l’avaient déjà bien remarqué, lors de la parution de son précédent bouquin, en janvier dernier.