Déclin des ventes d'ebooks aux USA : 'une bénédiction mitigée'

Clément Solym - 18.11.2013

Edition - Economie - livres numériques - livres imprimés - ralentissement des ventes


Le ralentissement de la croissance, dans la vente de livres numériques, et sa diminution pour le dire plus clairement, serait vu, outre-Atlantique, comme un signe positif, souligne Publishers Weekly. Plusieurs personnalités de l'édition américaine sont sollicitées, avec une forme de consensus qui se dégage, décrit par Ste Zacahrius, de Kensington Publishing, comme « une bénédiction mitigée ». 

 

 

 

 

Brian Murray, PDG de HarperCollins, n'est pas étonné du ralentissement observé, attendu que la croissance à trois chiffres ne pouvait pas durer éternellement. Or, s'il y a bien un aspect positif, c'est que le déclin des ventes de livres imprimés a ralenti, constate-t-il. Ce qui incite nombre de personnes à espérer que l'industrie soit entrée dans une phase de consolidation, avec pour perspective que se développent différents canaux de commercialisation, indépendamment du format. 

 

Pour le PDG de Perseus Book Group, David Steing, ces signes sont des révélateurs d'un facteur positif pour l'ensemble de la chaîne du livre, y compris les lecteurs. 

 

C'est que, sur l'année 2013, qui reste en hausse de 5 % par rapport aux six premiers mois de l'année passée, la croissance se ralentit drastiquement. 2012 était tirée par des phénomènes numériques comme Fifty Shades of Grey, et pour l'heure, aucun blockbuster de ce genre n'a été trouvé sur le premier semestre. 

 

De l'autre côté, si le marché des tablettes a explosé, celui des lecteurs ebook a également ralenti. Or, les possesseurs et utilisateurs de tablettes achètent deux fois moins de livres numériques que les détenteurs de lecteurs ebook, analyse Codex Group. En parallèle, les utilisateurs de tablettes achètent un tiers de leurs livres en ebook et deux tiers en imprimé. Ce qui permettrait à la vente de livres papier de se stabiliser dans les années à venir, et de maintenir un certain chiffre d'affaires. 

 

Pour autant, on constate que l'ebook est devenu un format à part entière, comme le livre de poche ou l'audiobook. Oren Teicher, directeur de l'American Bookseller Associaiton, y voit la preuve que ses prévisions étaient juste : selon lui, la domination outrancière du marché numérique était une hypothèse fortement exagérée. Si certains genres se vendent mieux en ebook que livres papier, l'importance du libraire, qui détermine ce qu'il souhaite vendre, reste primordiale dans la chaîne. 

 

Par ailleurs, le ralentissement des ventes numériques devrait entraîner un regain dans les librairies, avec des marges de manoeuvre nouvelles, notamment pour la constitution d'une offre hybride, papier et numérique. Ce serait une autre approche pour éviter de faire des librairies des espaces de showrooming - d'autant que le prix de vente public des ouvrages en version numérique reste un danger pour le commerce de l'imprimé, chez les revendeurs indépendants. 

 

Zacharius estime pour sa part que la valeur des livres a, sans espoir de retour, été dévaluée, et qu'avec l'essor du numérique, le potentiel de chiffre d'affaires de l'imprimé ne reviendra jamais à son ancien niveau. Tout en soulignant qu'augmenter le prix de vente du papier ne changerait rien à la situation, et découragerait même les consommateurs.