Déconfiner les bibliothèques : le cas de la Seine-Saint-Denis

Antoine Oury - 28.05.2020

Edition - Bibliothèques - bibliotheques Seine-Saint-Denis - bibliotheques deconfinement - protocole deconfinement


Depuis deux semaines, les bibliothèques françaises ouvrent petit à petit leurs portes, en adoptant, dans la majorité des cas, un système de retrait des commandes (le fameux drive), pour éviter un contact rapproché des usagers et des agents. Étude de cas dans le département de Seine-Saint-Denis, où le protocole sanitaire n'empêche pas des situations assez hétérogènes, selon les établissements.

Bibliothèque Robert Desnos Montreuil
 

Autant de protocoles de déconfinement que d'établissements ? Depuis deux semaines, les bibliothèques de France remettent en place un service de prêt, en attendant de rouvrir leurs portes pour l'accueil des usagers dans les locaux. Après une réouverture annoncée de manière générale et un peu prématurée par le gouvernement pour le 11 mai, les professionnels se sont organisés, à travers leurs associations, pour mettre au point un vade-mecum du déconfinement, finalement adopté et mis en avant par le ministère de la Culture.

Pour autant, un seul document ne saurait couvrir toutes les situations, et régir l'ensemble des déconfinements des bibliothèques de France. Dans les seules grandes villes, comme nous le relevions dans un précédent article, les choix vont de la réouverture directe, comme à Dijon, au maintien de la fermeture des établissements, notamment à Paris, en passant par des services de retrait de commandes particulièrement encadrés.

Dans le département de Seine-Saint-Denis, comme en témoigne un tableau, recensant les différentes situations, réalisé par l'association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis, des différences apparaissent aussi selon les établissements. « En Seine-Saint-Denis, la situation reste partagée entre les bibliothèques municipales et celles qui ont accepté d'en déléguer la gestion à l'établissement public territorial Est-Ensemble », nous explique-t-on, une nuance qui modifie les échelons décisionnaires.

« Ce qu'il faut retenir en Seine-Saint-Denis, c'est que la plupart des bibliothèques se conforment à ce qui a été indiqué dans le protocole des associations et du ministère de la Culture », explique Fabrice Chambon, directeur de la bibliothèque de Montreuil, qui dépend de l'EPT Est-Ensemble. « C'est pour cela que les services de retrait, les drives, se multiplient. Et, même lorsqu'un établissement parle de “réouverture”, il s'agit souvent de l'ouverture d'un guichet pour ce retrait, et non d'une réouverture totale. »

Selon le directeur de la bibliothèque de Montreuil, cette solution de drive pourrait se maintenir jusqu'au mois de juillet, voire la fin de l'été, selon l'évolution de la situation sanitaire, pour une réouverture des locaux en septembre. « Des bibliothèques situées dans des zones rurales pourraient peut-être ouvrir leurs portes, mais nous recevons 3000 usagers les samedis à Montreuil, un système de filtrage n'est tout simplement pas possible. »
 

Temps suspendu à l'évolution d'un virus


La grande inconnue reste l'évolution du virus au sein de la population : s'il reste difficile d'imaginer une réouverture des locaux au public en juillet, les établissements imaginent des alternatives pour la période estivale, où l'affluence devrait être au rendez-vous en raison de la restriction des voyages à l'étranger. « Des ateliers dans les parcs, des lectures publiques en plein air s'organiseront, pour limiter l'impact de la crise sur la lutte pour la réduction des inégalités d'accès à la culture que mènent les bibliothèques », souligne Fabrice Chambon. « Nous avons déjà remis en place certains services, tel l'écrivain public, et mené des activités comme des ateliers dématérialisés avec les élèves des collèges. »

Les établissements placés sous la responsabilité d'un EPT suivent un plan de reprise conçu par ce dernier, qui fixe par exemple l'ouverture des drives et l'accueil réduit du public sur la période du 2 juin au 3 juillet prochain. Intégrés dans ce plan de reprise, des protocoles pour l'acquisition de documents, le retour des ouvrages ou encore le service de commande et de retrait ont été élaborés par les directeurs d'établissements, de manière coordonnée.

Dans les établissements restés sous la gestion des municipalités, dans le département, la politique est, de fait, moins partagée, et les situations dépendent donc des décisions des élus, avec une tendance plus marquée à la réouverture. Une certaine confusion règne, depuis les annonces du gouvernement du 28 avril dernier, concernant les bibliothèques : la phase 1, qui portait sur la préparation de la réouverture et l'amplification des services à distance, est réputée s'arrêter le 2 juin, pour laisser place à la phase 2, soit la réouverture partielle des locaux au public. Dans les faits, chaque tutelle peut imposer sa propre temporalité, en assumant théoriquement les conséquences.

La sécurité des usagers est aussi celle des agents : pour l'instant, « tout ce qui est “télétravaillable” le sera », indique Fabrice Chambon, qui estime qu'un peu moins de 50 % de l'effectif de la bibliothèque de Montreuil est présent physiquement sur le site. Les agents en situation de garde d'enfants, ou fragiles, resteront en priorité en télétravail. Pour les autres, le retour sur le site s'imposera peu à peu : « Certains agents sont plus angoissés que d'autres, mais nous avons pu, pour le moment, fonctionner sans ces personnes-là. Nous continuerons, tant qu'il est possible, de répartir la charge de travail, mais sans doute, petit à petit, le chemin du travail devra être retrouvé », précise le directeur.
 
Le tableau de l'association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis peut être téléchargé à cette adresse. Il a été pensé comme un outil de mutualisation et d'échange de pratiques, « pour permettre aux établissements de s'organiser de manière plus organique qu'institutionnelle ».

Photographie : la bibliothèque Robert Desnos de Montreuil (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Commentaires
Merci pour votre étude de la situation dans le 93. Le grand écart entre Dijon et Paris est étonnant. La situation du 93 semble positive et encourageante.
Bonjour,



Paris réouvre progressivement ses établissements, en tenant compte des types de bâtiments, du territoire et de la demande, et de l'état des équipes. Rendez-vous début juin.
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