Défense du Caffè San Marco de Trieste, haut lieu intellectuel d'Italie

Nicolas Gary - 30.05.2013

Edition - International - Italie - Trieste - Caffè San Marco


Le ristretto du petit matin, que commandaient les habitués du Caffè San Marco, à Trieste, va disparaître. Mais les Italiens ne sont pas hommes à se laisser faire. Cet établissement, où un certain James Joyce avait pris ses habitudes, avec d'autres grands noms comme l'écrivain Italo Svevo ou le poète Umberto Saba, est pourtant menacé de fermeture. 

 

 

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Le Caffè San Marco de Trieste

Roxelo Babenco, (CC BY-ND 2.0)

 

 

Durant des décennies, le café a accueilli des intellectuels, venus en visite à Trieste, et la maison, dans le plus pur style viennois, est resté très populaire dans la ville portuaire. Or, l'écrivain et professeur d'université, Claudio Magris, lui-même coutumier de cet endroit, a entendu parler des incertitudes pesant sur l'avenir du café. Et voilà qu'il a lancé un appel au public, pour faire en sorte que le lieu soit sauvé de la clôture, ou à défaut, reconverti, repris... bref, que l'histoire ne s'arrête pas de la sorte.

 

Le petit problème, c'est que l'ancien directeur du café, Franco Filippo, est décédé en décembre dernier, et que l'actuel propriétaire des murs, est une société d'assurance, Assicurazioni Generali, la plus importante d'Italie. Fort heureusement, elle est basée à Trieste. Malheureusement, elle cherche à vendre. 

 

Pour l'heure, aucun repreneur ne s'est fait connaître et dans la presse italienne, on découvre des articles qui exhortent les propriétaires à ne pas céder à cet appel de la phynanss. Le café, connu dans le monde entier, pour son histoire et son ambiance, ne peut pas périr sous les coups répétés de l'appât du gain. 

 

« C'est un endroit où vous êtes en paix, vous lisez, vous écrivez, vous discutez. Au coeur de la ville, c'est un coeur qui bat fort tranquillement », explique l'universitaire. Pour donner une nouvelle vie, et s'assurer que le lieu reste ouvert, il serait possible de renouveler son offre. Le transformer en restaurant ou lui donner une nouvelle orientation, ce serait tuer l'esprit même du lieu, et impliquerait un autre type de fermeture.

 

La présidente de l'association locale de poésie et de solidarité, Gabriella Valera, explique que le San Marco a également joué un rôle essentiel dans la vie intellectuelle, et le partage des idées. « Il n'incarne pas simplement le passé de la ville. C'est aussi son présent et son futur. » Cette semaine, l'association doit se réunir pour tenter de trouver des solutions. L'endroit qui a ouvert en janvier 1914, et que les étudiants et les jeunes gens politiquement impliqués ont fréquenté, avait connu la gloire quelque temps après. 

 

Il fut détruit durant la guerre, par les troupes austro-hongroises, et fut abandonné durant plusieurs années avant d'ouvrir de nouveau. Et de renouer avec la popularité qu'on lui connaît aujourd'hui.

 

(via The Guardian)