Déferlante de haine, chez Amazon : sans commentaires ?

Nicolas Gary - 02.11.2015

Edition - Les maisons - commentaires Amazon - auteure livres - critiques politique


Les commentaires sur Amazon, qu’ils servent ou non à réellement faire vendre plus de livres, ou d’articles en général, sont un panier à crabes. Y plonger la main, c’est en ressortir un os bien blanc, poli à souhait. Et les conditions dans lesquelles est acceptée la publication de ces petits mots magiques deviennent véritablement délirantes. Ou désopilantes, c’est selon.

 

Show me on the doll where the moose and squirrel touched you...

Laurence Simon, CC BY 2.0

 

 

D’abord, il faut se souvenir : si l’on connaît l’auteur du livre pour lequel on souhaite publier un petit message d’appréciation, Amazon est susceptible de vous le supprimer. C’est l’algorithme qui va parler, et son comportement relève d’une forme avancée d’intolérance. Une pétition avait même jailli pour tenter de faire cesser la pratique de recoupements d’informations, qui s’immisce dangereusement dans la vie privée des personnes.

 

Et puis, il y a les commentaires que l’on achète : payer une société pour qu’elle fasse l’apologie de la série en 12 tomes publiés récemment est strictement interdit. Et Amazon prend régulièrement des mesures pour lutter contre ces cas de figure. Une plainte a même été déposée, ciblant 1114 utilisateurs de la plateforme Fiverr, qui est utilisée pour la commercialisation de commentaires évidemment positifs. 

 

« Des commentaires honnêtes et impartiaux font savoir à nos clients qu’ils peuvent acheter en toute confiance sur Amazon. Amazon est très attentif à la qualité de ses commentaires clients », souligne la firme, pour justifier son attitude procédurière.  

 

Or, les commentaires des clients peuvent également franchir les bornes du bon sens critique, pour verser dans la calomnie pure et dure, et la haine, l’insulte, et on en passe, et on en oublie. Les auteurs doivent alors laisser passer la tempête, avec pour seul recours que de faire supprimer ce qui va définitivement trop loin. Le cas de Scarlett Lewis intervient alors dans le débat. 

 

Dans son ouvrage, Nurturing Healing Love : A Mother’s Journey of Hope and Forgiveness, elle raconte la vie qu’elle mène, aujourd’hui que son fils de 6 ans est mort assassiné – Jesse Lewis, c’était il y a trois ans. (voir ici) Dans le livre, elle tente de partager sa souffrance, et d’expliquer comment remonter la pente, en abordant le volet Pardon, plutôt que de moisir dans la dimension Vengeance.

 

Mais les commentaires qui accueillent le livre sont tout simplement délirants. Or, la seule exigence de la firme, en matière de commentaires postés, c’est de se moquer éperdument de savoir s’ils sont positifs ou négatifs, mais qu’ils aient tout de « l’authentique ». L’acception du mot, façon Amazon, laissera pantois, autant que rêveur. 

 

Déferlante de haine et de violence

 

Dans les messages qui suivent la présentation du livre de Scarlett Lewis, les appréciations défient en effet l’imaginaire : on parle de trahison, de personne totalement malade, le tout dans un déferlement de rage folle. Le tout alimenté par le fait qu’une théorie complotiste sous-tend le massacre de l’école primaire de Sandy Hook, où se trouvait le petit Jesse. Certaines affirment qu’il s’agissait d’une tentative du gouvernement pour obtenir de modifier les législations sur le port d’armes à feu. 

 

Et pour l’heure, la société n’a absolument aucune intention de supprimer le moindre commentaire : ils sont tous authentiques, dans le sens où personne n’a payé pour qu’ils apparaissent. De même, les acheteurs n’ont pas besoin d’avoir acheté le produit pour donner leur avis. Nous sommes loin de la politique déployée par Goodreads, le réseau social, où sont par avance interdits tous les commentaires qui touchent à l’auteur et sa vie, et non à son travail.

 

La société est clairement avertie de ce qui se trame dans ses étals et des marées de haine qui se déversent ponctuellement, sur un produit. Et n’interviens en réalité pas du tout. « Nous résilions les comptes qui abusent du système et prenons les mesures juridiques appropriées, que ce soit pour un commentaire de 1 ou 5 étoiles. » Car, ce qui importe, n’est pas le vrai ni le faux : c’est l’authenticité...

 

Ce qui devient plus cocasse, c’est que les lancements de produits peuvent être totalement ruinés, à cause des commentaires, justement. Un groupe avait ainsi décidé de sabrer l’opération marketing de Pepsi, pour dénoncer l’implication de la boisson gazeuse dans la déforestation. Tout fut parfaitement saboté, en quelques heures de commentaires négatifs et d’évaluation à 1 étoile, sur Amazon. Coup dur pour la marque, et dans un certain sens, on peut savourer ce type d’opération.

 

Mais pour une auteure...

 

(via The Seattle Times)