Démissions de cadres, salariés inquiets... Amazon sous le feu des critiques

Clara Vincent - 26.03.2020

Edition - Société - coronavirus crise sanitaire - Amazon France salariés - conditions de travail


De nombreux salariés d’Amazon en France ont dénoncé le manque de mesures mises en place par leur employeur ainsi que les pressions dont ils font l'objet pour poursuivre l'activité. Des conditions jugées « inacceptables » par le ministre de l’Économie. Depuis, deux départs de la direction semblent acter du malaise qui règne au sein de l’entreprise. 

Robert Scoble - (CC BY 2.0)


Malgré le confinement imposé, généralisé et décrété par le président de la République le 12 mars dernier, le géant du e-commerce américain Amazon poursuit ses activités pratiquement à la normale. C’est en tout cas ce qu’il est ressorti ces derniers jours des témoignages de plusieurs syndicats représentant les salariés d'Amazon France. 

Nombreux se sont plaints de se voir ainsi injustement exposés à la contamination. Ils dénoncent notamment la légèreté des mesures de sécurité sanitaire déployées par l'entreprise.

Comme l'indiquait par exemple la semaine dernière l'Union Syndicale Solidaires Nord : « Les 4000 salariés de la plateforme Amazon de Douai ne bénéficient d’aucune mesure de protection contre le Covid-19. Pas de masque, pas de gel, de la promiscuité, le personnel craint pour sa santé, car les mesures d’hygiène les plus élémentaires ne sont pas respectées. La direction ne veut rien entendre, prétendant qu’elle a pris toutes les mesures nécessaires. »

À Montélimar, le 16 mars, un avis de la médecine du travail saisie par le Comité social et économique (CSE) et relayé par le HuffPost ce jeudi 26, enjoignait la direction du site de cesser l'activité : « Compte tenu de la situation actuelle au niveau épidémique sur le territoire national et compte tenu des directives gouvernementales actuelles (et certainement celles à venir compte tenu des données actuelles sur le taux de morbidité et le taux de cas graves), il serait plus prudent sur le plan sanitaire d’arrêter l’activité de l’entreprise. »
À cet égard, plusieurs employés du géant du e-commerce, en France, ont fait valoir leur droit de retrait. Le 18 mars dernier, l'AFP rapportait notamment que cela avait été le cas pour 200 d'entre eux travaillant sur le site de Lauwin-Planques dans les Hauts-de-France. En réponse de quoi l'entreprise aurait brandi des menaces de sanctions.  

Interrogé sur ces conditions de travail lors de son passage sur France Inter le 19 mars dernier, le ministre de l'Économie Bruno Le Maire a déclaré que « ces pressions sur les salariés [étaient] inacceptables ».

Face à ces accusations, la direction d’Amazon assure de son côté que toutes les mesures sont prises pour garantir la sécurité et la santé de ses employés. « Nous respectons tous les droits de nos salariés. Nous continuons d’ajuster nos processus en fonction des recommandations du gouvernement et des autorités sanitaires locales. Et nous accompagnons l’adoption immédiate de ses consignes par nos salariés  », déclarait-on à Amazon France, contactée par Europe 1 le même jour. 
 

Les signes probants d'un malaise ?


Le départ récent de deux cadres, le patron d’Amazon Europe et la directrice de l’une des plateformes les plus importantes d’Amazon en France, située à Saran, près d’Orléans, semble toutefois témoigner d’un certain malaise côté direction.

Contactée par Europe 1, Amazon France jure ses grands dieux que « [l]es deux cadres sont partis pour des raisons personnelles qui n’ont rien à voir avec une supposée pression qu’ils n’auraient pas supportée ».

Une analyse que ne partagent pas les syndicats de l’entreprise : ces départs traduiraient plutôt les scrupules ressentis par les deux dirigeants à l’égard des pressions exercées sur les salariés. 

Et l'entreprise de rester ferme sur sa position : « Il n’y a pas de pression chez Amazon. Les mesures que nous avons mises en place pour protéger nos salariés français  sont encore plus strictes que celles exigées par les pouvoirs publics ».

À ce propos, la société affirmait d'ailleurs ce mercredi 25 mardi au HuffPost avoir pris contact avec Bruno Le Maire. Une information qu'une déclaration obtenue un jour plus tôt auprès de l'entourage du ministre de l’Économie est venue confirmer : « Amazon a envoyé un document au ministère du Travail avec toutes les normes de sécurité, mais nous ne sommes pas sur place. Si les normes de sécurité sont remplies, il n’y a pas de problème à être 500 dans un entrepôt. Si ce n’est pas le cas, il faut qu’ils réduisent leur nombre. ».

Interrogée sur le même sujet ce 25 mars sur Europe 1, la ministre du Travail Muriel Pénicaud a indiqué s'être assurée auprès du directeur général d'Amazon France que « les conditions de sécurité sont là ». 
Et d'ajouter, prudente : « Par contre, il faut être réaliste : dans le contexte de service économique minimum, on ne peut pas attendre les mêmes exigences, les mêmes productivités, la même rentabilité économique que d’habitude. [...] Il faut donner de la souplesse, il faut être bienveillant. » 

Faire fi de la rentabilité et privilégier avant tout la santé, donc. En attendant, le non-respect des mesures sanitaires semble toujours de mise pour les employés.  Comme le rapporte le HuffPost, ce même 25 mars au matin, plusieurs salariés du site de Saran témoignaient être arrivés à leur travail dans un bus « à plus de cent ». « Déjà qu’on n’est pas toujours à 2 mètres de distance dans l’entrepôt, mais le simple fait qu’on arrive à 150 dans le même bus ça met toutes les autres mesures caduques », remarquait l'un d'entre eux.


mise à jour 27/03 - 15 h : 

Le directeur général d’Amazon France, Frédéric Duval, vient de communiquer un message des plus intéressants aux clients professionnels.

« Plus que jamais, les collaborateurs d’Amazon en France sont mobilisés pour vous servir. » Et d’ajouter : « Je tiens à vous assurer que nous avons pris toutes les mesures nécessaires pour protéger la santé des salariés de tous nos sites en France. Nos entrepôts appliquent strictement les gestes barrières : distanciation, nettoyage renforcé, temps de pause aménagés. Nous avons également mis en place avec nos partenaires des mesures pour assurer les livraisons sans contact. »


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