Denis Mollat : “La librairie, seule alternative aux algorithmes d’Amazon”

Nicolas Gary - 01.05.2018

Edition - Librairies - Denis Mollat librairie - livres algorithmes Amazon - Assises édition Genève


« “État des lieux de la librairie”. Cela aurait pu être : “Quel avenir pour la librairie ?”, ou pire : “La librairie a-t-elle un avenir ?”, tant la conjonction d’une baisse du chiffre d’affaires de la filière, conjuguée à la montée du chiffre d’affaires des ventes de livres papier par internet avec le spectre de la lecture sur liseuse et tablette effraie la profession. »
 

Denis Mollat intervenait dans le cadre des Assises de l’édition suisse et francophone au Salon du livre de Genève. PDG de la librairie bordelaise du même nom, il n’a pas caché les dangers qu’encourt la profession : c’est un tableau sans concession qu’il a brossé du métier de libraire, avec ses paradoxes, et quelques solutions pour son futur.

 

Denis Mollat
Denis Mollat - ActuaLitté, CC BY SA 2.0
 

 

Parce qu’il importe de rappeler l’exercice de jonglerie du libraire, « celui d’un médiateur qui aide le client, dans un dédale d’œuvres, à “trouver ce qu’il ne cherche pas”, à la fois mémoire vivante du patrimoine littéraire et guide pour découvrir une actualité littéraire de plus en plus abondante ». Et dans le même temps, un commerçant, « soumis à la réalité du marché, qui doit générer un chiffre d’affaires et gérer la rotation de ses stocks ». 

 

Face au chiffre d’affaires d’Amazon, estimé entre 480 et 530 millions € en France, les librairies de métropoles résistent au fonds dont elles disposent. Mais au cours des dernières années, la vente sur internet est devenue un concurrent direct auprès des grands lecteurs. Les stocks infinis, ou presque, que doublent les marketplaces, offrent aux acteurs du net une plus grande présence, « et représentent désormais bien au-delà de 10 % du marché ». 
 

La librairie, ilôt de résistance

 

Alors que le fonds était auparavant « chasse gardée des libraires », les opérateurs internet deviennent en plus « les mieux placés pour conquérir le marché toujours balbutiant du livre numérique ». 

 

Et pourtant, note le PDG, la librairie résiste, pour les raisons que l’on sait : la loi Lang 81, instaurant un prix unique du livre, et sa petite sœur de 2011, qui a appliqué la même recette au livre numérique. Il y eut une autre tentative en 2014, pour interdire le cumul de la remise des 5 % et de la gratuité des frais de port, mais cette législation n’a pas pleinement démontré son efficacité. « Pour autant, les piliers de la librairie sont fortement ébranlés par l’évolution du marché », indiquait Denis Mollat.
 

Bilan “en demi-teinte” de la loi anti-Amazon 2014
sur les frais de port

 

C’est la désintermédiation qui sévit : réseaux sociaux, blogs, sites spécialisés, sont autant de filtres qui pourraient remettre en cause la fonction de médiateur – mais dont la librairie peut encore s’emparer. L’autre point, plus inquiétant, c’est l’appauvrissement de l’offre. « On demande toujours au libraire le livre qu’il n’a pas ! », résume avec une note d’humour le PDG de la plus grande librairie française. Et de fait, entre 1970 et 2007, on observe une augmentation de l’offre de 175 % : comment suivre, quand cette hausse se poursuit ?
 

Et dans le même mouvement, un effet pervers de l’office se déploie, « le gonflement des stocks au détriment des livres du fonds qui sont l’élément important de l’image immatérielle de la librairie. Les ouvrages de fonds représentent maintenant une très forte proportion des ventes d’Amazon ». Ajoutons la hausse régulière des charges, et la coupe semble pleine…


Librairie Mollat Bordeaux
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

L'avenir de la librairie : trois axes, trois perspectives
 

Mais Denis Mollat suggère à ses confrères quelques pistes pour faire face à l’avenir. Tout d’abord, « se penser comme gestionnaire et vendeur, et pas seulement comme gardien du temple de la culture ». Autrement dit, mieux négocier, « plus fermement avec les éditeurs les niveaux de remise et le poids de l’office ». Et « gérer plus efficacement encore le stock en affinant son assortiment grâce à l’analyse des données de vente ». 

 

Alors que 20 % des libraires ne disposeraient pas de gestion informatisée de leur stock, Amazon a lui bâti « son empire sur l’exploitation de ses métadonnées clients ». Et toutes ses recommandations ne reposent que sur des statistiques commerciales, savamment calculées par des algorithmes.
 

Des aides à la librairie,
inspirées des subventions aux salles de cinéma

 

L’autre approche passe par cette idée que de devenir « des espaces culturels à part entière ». Les librairies labellisées LIR ont opéré les plus belles performances au cours des années passées, quand les établissements de second niveau sont les plus frappés. L’animation est donc la valeur essentielle : depuis 1984, une salle de rencontre est aménagée dans la librairie Mollat, qui démultiplie les rencontres et le recours aux outils numériques.

 

Depuis les vitrines florissantes et riches, en passant par la stratégie de réseaux, jusqu’à Instagram, la librairie Mollat s’est largement ouverte aux outils qui touchent le public, et parviennent à le faire venir aux livres. 

 

Le développement numérique, inéluctable


C’est ainsi que le troisième axe se développe, « une stratégie ambitieuse sur la distribution en ligne et le livre numérique ». Si la révolution numérique finira par gagner tous les secteurs, « nombreux sont encore les libraires qui font le dos rond ». Pourtant, le métier est bien celui de « la connaissance et [de] la transmission du contenu, et non l’affection que l’on peut ressentir pour son contenant, l’objet papier ». 

 

Bien entendu, on ne peut pas occulter que certains libraires trouveront leur place, et une forte présence sur le net, avec des services pertinents. Et de citer « mémorisation des moyens de paiement, bibliothèque virtuelle permettant d’accéder facilement à ses livres numériques, pour ne citer que les plus évidents, ainsi que des contenus originaux générant du trafic sur leur site, ce dont je parlais précédemment. Il a des services importants le 3D Secure pour les cartes bancaires. Le suivi-colis qui rassure les clients… »
 

Label LIR :
vers une exonération fiscale pour plus de librairies

 

Pour les librairies plus modestes, c’est la clientèle locale qui pourra être conquise, avec des sites en marque blanche de nouvelle génération. Et des solutions de livres numériques, avec le format interopérable EPUB, comme le MP3 en son temps, pourront ramener vers les librairies.

 

Et Denis Mollat de conclure : « Le libraire doit désormais entièrement repenser son métier : exploiter ses données commerciales afin d’affiner son offre, développer son rayonnement culturel, déployer sa présence sur Internet... Et surtout, y parvenir sans y perdre son âme, en exprimant en boutique comme sur le Web sa personnalité de libraire, seule capable d’offrir une alternative aux algorithmes d’Amazon. »

 


Commentaires

Belle synthèse du déclin de la librairie...

Le monde change, les comportements évoluent.

À chacun de s’adapter et, pourquoi pas, profiter de cette opportunité pour relancer le monde du livre sous des formes plus actuelles, dans leur séduction, dans leur cibles...

Créer des logiciels de gestion des stocks avec les tendances et utiliser l’actualité afin de toucher de façon permanente le lecteur potentiel en lui soufflant que le livre indispensable à sa bibliothèque n’y est pas encore !

Les réseaux ont un rôle à jouer dans cette transformation.

Se rapprocher de la population en usant des outils qu’elle utilise.



Le livre, quelle que soit sa forme, a encore de beaux jours à vivre !
Profitons de cette remise en question pour augmenter la marge des auteurs et éditeurs. 10% pour l'auteur c'est pas assez pas plus que 15% pour l’éditeur ; 40% pour le Libraire/Amazon c'est trop (avec un rabais ridicule de 5% parfois). il faut viser les 20% pour l’éditeur et 20% pour l'auteur/les auteurs.
10 % pour l'auteur, c'est pas assez, on est bien d'accord. Mais 40 % (c'est d'ailleurs plutôt 36)pour les librairies -je parle des librairies, pas des distributeurs de livres- c'est pas assez non plus. Elles crèvent les unes après les autres, les libraires sont sous payés, elles ne peuvent investir...Mais les actionnaires d'Hachette, d'Editis ou de Madrigall se gavent de dividendes maousse costo. Il y a un problème de répartition dans la chaine de valeurs...mais il n'est pas là ou vous le croyez.
Hommage à vous libraires. Amazon ne pourra jamais vendre l'alchimie qui se développe entre client et libraire. Seul le libraire sait parler et promouvoir ce qu'il vend, ce qu'il aime. Au-delà de l'âme de l'écrivain qu'il analyse, hume et comprend, il vend du rêve, caresse le livre et convainc. Et pour l'auteur qui libère son "enfant" avec toujours un peu d'appréhension de sa vie intime avec l' oeuvre, qui d'autre saurait le faire plus qu'un libraire ? Je suis résolument optimiste et le resterai : à notre époque où chacun se replie sur lui-même, fuit les autres,se méfie, c'est peut-être le livre et le libraire qui recréeront le lien.
Participez à l'ouverture d'une librairie-café et papeterie à Rians (83560) pour la rentrée scolaire de vos enfants

L’objectif est l'ouvrir une librairie-café et papeterie dans la zone rurale « PROVENCE-VERDON » délaissée par la librairie et le commerce en général.

La librairie trouvera sa place au cœur de Rians (83) en face de l’école et des parkings.

Nous avons besoin de vous !

En nous soutenant, vous aidez à la création d’une librairie-café et papeterie qui s’efforce de promouvoir le livre et la lecture, comme la papeterie scolaire dans nos communes de Provence-Verdon. Vous favorisez une entreprise locale et qui participe au dynamisme du livre et des nouveaux auteurs et, enfin, vous contribuez à la création de deux emplois en CDI.

Notre site www.librairie-a4.fr bonne visite

Pour nous aider c’est ici sur Provence-Booster :

https://www.provencebooster.fr/fr/librairie-A4
Répartition pour le livre papier : 20% pour l'auteur, 20% pour l'éditeur, 10% pour le diffuseur, 15% pour le distributeur, 35% pour le libraire.



+ réduction drastique du nombre de romans publiés, spécialisation des maisons d'édition, lignes éditoriales forte et sans compromis.
Désolé d'apporter une voix discordante, mais moi, j'ai passé mon adolescence en milieu très rural, la première librairie physique était à 50km et j'assume de dire qu'Amazon a sauvé ma vie culturelle (il n'y avait pas vraiment d'autre librairie en ligne à l'époque)

Tout le monde ne vit pas en centre ville (France périphérique tout ça ...).



Dernière chose : si vous croyez que les magasiniers de Cdiscount ou de Fnac.com sont mieux traités que ceux d'Amazon, vous rêvez ...
Programme idéal pour les quelques plus grosses et talentueuses des librairies françaises, par ex celles propriétaires de leur murs de centre ville et sans concurrence de même taille à 200km alentours. Ca en fait pas beaucoup wink SA librairie a sûrement un avenir, par contre l'avenir de LA librairie, il n'en dit rien...
Je suis tout à fait d'accord avec Thomas, j'en ai marre d'entendre, il faut acheter son livre dans une librairie, mais La France ce n'est pas Paris, ni les Grandes villes, c'est la campagne, il y a aussi le problème de se garer en ville, j'habite à 10 kms de Quimper, les bus il ne faut pas rêver, donc je prends ma voiture, et, comme le maire très intelligents à fait des parkings payant, mais en payant non pas lorsque vous partez, mais en arrivant ainsi vous calculez combien de temps vous rester en ville.

Alors nous avons un espace culturel de chez Leclerc c'est ainsi que j'achéte mes livres dans ce lieur
Très bonne analyse de Monsieur Denis Mollat. J'ajouterai que ce merveilleux métier de diffuseur de cultures ne peut se faire qu'avec de bons collaborateurs alliant la passion du livre à celle d'une bonne gestion. Et cette "entourloupe" d'Amazon pour détourner la loi en fixant les frais de port à 1 centime, il faudrait que le ministère fixe un plancher : panier de moins de 25 euros de livre (s), frais de port au réel coût de transport (4/6 euros), au-delà de 25 euros une décote à étudier.Enfin que dire des grèves, des problèmes de stationnement dans le centre des villes dont les petits commerces souffrent injustement.

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