Denise Bombardier : le prix unique du livre, "trop manichéen"

Antoine Oury - 25.11.2013

Edition - International - Denise Bombardier - Québec - prix unique du livre


Auteure québécoise à succès désormais principalement publiée en France, chez Robert Laffont, Denise Bombardier n'en garde pas moins un lien très fort avec son pays natal (elle est née à Montréal). Mais aussi un oeil sur les problèmes rencontrés par les secteurs de l'édition et de la librairie, alors qu'une réflexion sur la mise en place d'un prix unique du livre se déroule toujours au Québec.

 

 

Denise Bombardier, en 2012, au Forum Mondial de la Langue Française (Simon Villeneuve, CC BY-SA 3.0) 

 

 

Interrogée dans le train retour vers Paris, Denise Bombardier aborde sans problème le sujet d'une régulation étatique du commerce culturel. Le premier soir du Forum d'Avignon, elle a modéré la première table ronde, « Pas de politique sans culture ». L'inverse lui semble visiblement tout à fait possible : « Je suis un peu ambivalente sur la question du prix unique. Je comprends les difficultés des libraires, notamment face à de grands groupes comme Costco, mais c'est toujours le problème : est-ce à l'État de dire aux gens où acheter ? »

 

Édités en France, couronnés de succès dans le monde entier, les livres de Denise Bombardier sont d'ailleurs vendus en grandes surfaces, au Québec. « Les écrivains et les autres pensent que c'est une solution, mais je ne sais pas si cela servira vraiment d'empêcher Cosco de vendre avant un délai de 5 semaines. Cela correspond à la durée de vie moyenne d'un livre », explique l'auteure. D'après elle, le prix unique éloignera surtout les lecteurs, qui achètent justement leur livre en même temps que les victuailles.

 

« De plus, les grandes surfaces souffrent d'une réputation de vendeur de mauvais livres. Je ne suis pas d'accord : on y trouve des livres de Dany Lafferière, par exemple, en plus des miens », plaisante-t-elle. « Je suis toujours portée à croire que, quand on commence à lire, cela peut toujours mener ailleurs. On va pénaliser un certain type de littérature au profit d'une autre, je trouve cela trop manichéen. »

 

Désormais distribuée sur un grand nombre de territoires par Robert Laffont, Denise Bombardier a tout de même publié Vieillir avec grâce, un de ses derniers livres, aux Éditions de l'Homme, maison québécoise. L'auteure estime d'ailleurs le paysage de l'édition bien fourni en maisons, surtout pour un territoire aussi petit que le Québec.

 

Avec un prix unique, les ventes pourraient être réduites, faisant reposer un peu plus la production sur l'État : « Au Québec, sans l'État, il n'y a pas de films, il n'y a pas de livres », explique l'auteure. Qui note également que ce prix unique du livre n'impactera pas les revenus des écrivains : « Ça ne rapporte pas plus à l'écrivain, qui touchera toujours ses 10 %. »