Dépenses inconsidérées dans le livre numérique : Penguin regrette, un peu

Nicolas Gary - 15.10.2016

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En a-t-on fait un peu trop, chez Penguin, avec le livre numérique ? Le géant de l’édition littéraire mondiale, associé à Random House, fait amende honorable. Joanna Prior, directrice générale UK revient un peu sur les politiques jusqu’à lors déployées...

 

 

 

La société éditoriale aurait donc mis la charrue avant les bœufs, estime Joanna Prior, responsable britannique du groupe Penguin. Voire, aurait misé un peu trop, sur un cheval qui était encore dans sa boîte de départ. L’ebook est bien un changement majeur dans l’industrie du livre, mais Penguin reconnaît avoir vraisemblablement fait erreur dans ses choix. Désormais, dans le vin, on ajoute de l'eau...

 

Et l'attitude générale implique alors de faire des choix « bien plus prudemment » qu’il n’y a cinq ans, assure-t-elle. « Nous avions, d’une certaine manière, perdu notre confiance dans le pouvoir de la parole imprimée sur une page, ce qui fut un mauvais coups », souligne Prior. 

 

Depuis que les données indiquent une chute des ventes d’ebooks, une première depuis 2014, les experts se gaussent : la mort du livre papier serait maintenant très exagérée. Certains de ces mêmes experts n’avaient pourtant pas peur de clamer l’avènement de l’ebook quand ce format était au mieux de sa forme. 

 

Des dépenses inconsidérées... aujourd'hui regrettées

 

Intervenant lors du Cheltenham Literature Festival, Joanna Prior a souligné : « Il y a eu ce moment précis où nous nous avons tous couru après les applications, ce miroir aux alouettes, et dépensé de l’argent dans ce développement, et investi probablement de manière inconsidérée dans des produits dont nous pensions qu’ils pourraient, d’une façon ou d’une autre, améliorer le livre. »

 

C’est que la diminution des ventes d’ebooks de 2,4 % l’an passé, selon les données des cinq plus grands groupes d’édition britannique, a fait mal. 47,9 millions d’exemplaires se seraient écoulés contre 49 millions en 2014 – un cinquième de paille, si l’on considère les 200 millions de livres papier vendus. Pour l’expliquer, il ne faut pas oublier que le prix de vente unitaire a été revu à la hausse par tous les éditeurs, avec l’instauration d’un contrat d’agence revisé. Et qu’effectivement, rien n’explique mieux la baisse des ventes que la hausse des prix

 

Pour l’agent littéraire Clare Alexander, il est vrai toutefois de considérer que les grands groupes éditoriaux ont régulièrement consulté, au cours des années passées, des gourous numériques. Elle-même a connu une carrière de 20 ans comme éditrice, et a vu passer ces gens. « Maintenant, ce sont les éditeurs qui font tomber la pluie. »

 

Le papier aux USA s'écoule (de source)

 

Aux États-Unis, on constate une autre tendance : comme le prix des livres numériques est fixé par voie contractuelle, le plus gros revendeur ne dispose plus du même pouvoir d’attractivité. Pourtant, cela n’a pas empêché sa politique commerciale de devenir plus agressive encore, en mettant en application la méthode bien connue : les remises à tout crin.

 

Ainsi, les ventes d’ebooks reculent, du fait de la hausse des prix, et dans le même temps, les ventes de poche augmentent... parce qu’Amazon casse les prix, ayant toujours la possibilité de le faire.

 

Plusieurs experts ont constaté qu’Amazon a enclenché une politique plus agressive que jamais. Contrairement au numérique, le marchand achète le papier avec un prix de gros – au kilo, en quelque sorte – et le revend avec la décote qui lui convient. Cela conduit à une hausse des ventes pour les poches, mais une baisse des grands formats.

 

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Penguin, comme d’autres d’ailleurs, se concentre de nouveau sur le développement d’application pour les livres illustrés à destination de la jeunesse, et spécifiquement les préscolaires. « Un certain modèle économique commence à émerger, et je pense que c’est une manière enthousiasmante pour les jeunes enfants d’entrer en relation avec la lecture », considère Joanna Prior. 

 

Dans leur échange, les deux femmes ont également conclu que l’époque était aux jeunes auteurs – aux primo-romanciers. Les éditeurs seraient en effet à la recherche de jeunes écrivains, sans passif – une mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui ont déjà fait paraître deux ou trois livres. « Si vous êtes une marque, trouver un nouveau nom, c’est fantastique, et le succès est plus grand qu’il ne l’a jamais été. Mais entrer dans le milieu est très difficile... les gens talentueux sont menacés d’être tenus à l’écart », conclut Clare Alexander.  

 

via Telegraph