Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Dépôt légal : la BnF fait le bilan de l'année 2012

Antoine Oury - 17.07.2013

Edition - Les maisons - Bibliothèque nationale France - dépôt légal - édition en 2012


À la Bibliothèque nationale de France revient la tâche de « faire retirer, mettre et assembler en notre librairie toutes les œuvres dignes d'être vues, qui ont été et qui seront faites, compilées, amplifiées, corrigées et amendées de notre temps pour avoir recours aux dits livres, si, de fortune, ils étaient ciaprès perdus de la mémoire des hommes », et ce depuis François 1er. Pour la 2e année consécutive, l'Observatoire du dépôt légal publie un rapport permettant de découvrir quelques chiffres de l'édition.

 

 

Les documents arrivent tous les jours par containers entiers

Un des containers utilisés pour la réception des livres à la BnF (marlenedd, CC BY 2.0)

 

 

Pour l'année 2012, 72.139 livres ont été enregistrés par le département Dépôt légal de la BnF, qui note donc une augmentation de la production éditoriale de 3 % par rapport à l'année dernière. Ce chiffre n'est pas tout à fait représentatif, puisque bon nombre de documents sont classés comme des périodiques, des documents audiovisuels, tandis que les atlas et guides de voyage sont distingués dans la production éditoriale.

 

Le tirage initial moyen à la parution du livre est à l'inverse en baisse, à 1500 exemplaires environ : la réduction des tirages n'est pas nouvelle, puisqu'elle est régulière depuis 2009, quand 2000 exemplaires représentaient la norme. 

Plus d'un quart des livres sont tirés à moins de 300 exemplaires (28 %), plus de la moitié ont un tirage compris entre 301 et 5 000 exemplaires (51,4 %), et 20,6 % ont un tirage supérieur à 5 000 exemplaires, dont 0,2 % seulement un tirage supérieur à 100 000 exemplaires.

7289 déposants ont effectué au moins un dépôt au sein de la BnF en 2012, dont 2358 « primo-déposants », qui ont effectué leur premier dépôt dans l'année. 47,8 % des déposants n'ont apporté qu'un seul livre à l'établissement, et 83,2 % entre 1 et 10 livres. Comme pour les tirages, on remarquera donc que les déposants sont rarement des grandes structures : celles qui déposent plus de 100 livres (2,6 % des déposants) représentent toutefois 47,3 % des dépôts. La BnF note que seuls 4 déposants ont enregistré plus de 1000 livres dans l'année, et ces derniers n'ont pas changé : L'Harmattan (2680 livres), l'ensemble Aparis-Edilivre-Edifree (édition à compte d'auteur et auto-édition, 2651), Gallimard (1292) et Hachette (1275).

Ces pourcentages illustrent non seulement la concentration de la plus grande partie de la production entre un petit nombre d'acteurs, mais aussi un certain éparpillement des déposants, parmi lesquels les auteurs auto-édités représentent une part toujours plus importante (40,1 % des nouveaux déposants de 2012, et 22,6 % des déposants actifs en 2012).

La BnF se félicite de la diversité éditoriale, tout en notant qu'une région en particulier se taille la part du lion : « L'Île-de-France représente au total un peu plus du tiers des déposants (35 %), pour deux tiers des dépôts (65 %) », suivie par la Provence-Alpes-Côte-d'Azur et le Rhône-Alpes. 69 % des tirages initiaux (les seuls auxquels la BnF a accès) ont été réalisés en France, contre des délocalisations en Europe (24 %) ou en Asie (6 %). Le 1% restant a disparu pendant le transport...

 

 

 

 

L'édition jeunesse, aux tirages élevés (5000 exemplaires initiaux) représente avec 8800 références, 3/4 de fictions et 1/4 de documentaires, 13 % des titres parus. « Alors que ces publications ont été déposées par près de 900 éditeurs actifs, on constate que la moitié de la production jeunesse est réalisée par seulement une quarantaine d'éditeurs », note la BnF.

 

Bien qu'en légère baisse, la proportion de titres traduits s'élève à 19 % des dépôts totaux, avec 13,000 titres. 49 % des bandes dessinées déposées sont des traductions, contre 31 % pour les romans et 28 % pour la jeunesse.

 

Les périodiques et l'édition publique

 

Les périodiques, qui comprennent les journaux, magazines, revues, bulletins et publications annuelles, représentent un volume de 300.000 fascicules, pour 40 718 titres. Le volume global est en diminution, tandis que le nombre de titres augmente légèrement. Les sciences économiques, juridiques, politiques et sociales bénéficient de la meilleure représentation, à hauteur de 43,3 % des publications.

 

Tout ce qui concerne la presse et les journaux dits généralistes arrive en 4e position, avec 437 nouveaux titres qui font dire à la BnF que le secteur reste dynamique : 111 magazines généraux, 78 publications pour la jeunesse, 69 journaux d'information générale, 41 magazines féminins et masculins, 22 journaux d'annonces, 105 journaux internes d'entreprise et 11 fanzines. Globalement, la périodicité des publications a augmenté, et il n'est pas interdit d'y voir un indice de difficultés économiques.

 

Pour définir l'édition publique, la BnF annonce y inclure « toutes publications éditées par un organisme de droit public (administrations centrales et territoriales, services déconcentrés de l'État, autorités administratives indépendantes, établissements publics et organismes publics divers) ». Elle représente 6 % des dépôts reçus en 2012, et a tendance à régresser par rapport à la production éditoriale. Les documents cartographiques représentent encore la majeure partie des dépôts de l'édition publique.

 

Les Presses universitaires de Rennes (251 documents déposés), la Direction du budget (167) et les Éditions du CNRS (130) forment le trio en tête des 473 acteurs de l'édition publique.

 

Enfin, notons que la Bnf procède également à une collecte large des sites Web, qui a abouti en 2012 à 1,1 milliard d'URL collectées, soit 33 Terraoctets. L'établissement note que les fichiers image sont de plus en plus nombreux, mais également que les noms de domaines sont soigneusement préemptés par les acteurs commerciaux du Web : la Fnac, à elle seule, en compterait 109 pour éviter que sa marque ne soit détournée...

 

Dans cette collecte, la BnF a relevé que la part des adresses présentant des documents de l'administration publique augmentait, pour atteindre  26 millions d'URL, soit un volume de 1,6 To, avec tous types de fichiers et notamment 1,5 million de documents au format PDF. La politique de l'open data n'y est sûrement pas pour rien.