Dépoussiérage moderne pour Enid Blyton et son Club des Cinq

Clément Solym - 26.07.2010

Edition - Les maisons - Blyton - club - dépoussiérage


Vaste chantier pour l’éditeur historique du Club des Cinq. Et controversé qui plus est. Afin de faire redécouvrir la série à succès d’Enid Blyton aux plus jeunes, Hodder a pris le parti de dépoussiérer le lexique souvent daté parfois devenu xénophobe.

Si les puristes regardent le travail éditorial avec agacement, la dernière adaptation cinéma, totalement réactualisée, de Sherlock Holmes pourrait donner raison aux modernistes.

Collection de 21 titres écrits à partir de 1942, Le Club est l’empreinte d’une Angleterre d’autrefois, charmante si ce n’est vieillotte. Preuve de ce passage à la postérité, de nombreux termes ne sont plus usités. Souvent intraduisibles, on peut se baser sur l’édition française, très populaire pour avoir une idée changement. Claudine, Mick ou Françoise sont des jeunes qui ont fait leurs 400 coups dans les années 40 à 60. Afin de céder la place aux plus jeunes, et susciter une identification plus naturelle, des expressions typiques du roman seront modernisées.

« Drôle de farces » , « fichtre », « tout ceci est curieux », parmi tant d’autres seront changés pour un équivalent plus contemporain et parfois dans un sens qui n’aura pas subi un glissement de sens. On pense à des mots « gay » dont l’emploi anglais est bien plus équivoque que notre « gai » français, demandant un toilettage, quand cela n’est pas insultant. « queer », (bizarre, mal fait) est passé dans le registre de l’insulte homophobe et le gentil débrouillard au pseudonyme de « tinker » renvoie aujourd ‘hui à une image littéralement de Romanichel qui nécessite un changement.

« L’intelligence des enfants sous-estimée »

Ce remaniement lexical touchera dix volumes de la série dont le tout premier Club des Cinq et le trésor de l’île. Une refonte qui consterne le président de la Société Enid Blyton. Tony Summerfield totalement « contre ces changements non nécessaires pour le seul bien des enfants, de la part d’adultes qui sous-estiment leur intelligence ». Le gardien de l’œuvre de l’écrivain best seller est toutefois pondéré. S’il n’est pas contre un rafraîchissement des termes qui portent à confusion ou sont devenus orduriers, Summerfield ne s’explique pas cette « lourde altération » quand d’autres auteurs de l’époque n’ont pas subi le même passage à la moulinette. Une charmante couleur sépia que les enfants peuvent apprécier selon lui.


Pour couper court à la polémique, la directrice de publication chez Hodder, Anne McNeil, a assuré que la série originale illustrée « restera disponible » pour les lecteurs adultes sûrement moins enclins au dépoussiérage. Mais c’est en l’auteure qu’elle puise sont argument le plus percutant. Avocate passionnée de la littérature jeunesse Blyton avait une fois expliqué son dépit concernant les livres d’enfance qu’elle avait lus. « Il n’y avait pas de discussions vivantes, montrant ce à quoi ressemblaient les personnages en discussion. Simplement comme le ferait une discussion dans la vraie vie », aurait-elle dit.

On peut se demander si les aventures d'Annie et Dago, très populaires en France, subiront le même coup de plumeau. Autre création de Blyton, Oui-Oui reviendra-t-il dans les nouvelles aventures de Wesh-Wesh qui va ZoomZoomZen dans sa BenzBenzBenz ?