Depuis la Grèce, Petros Markaris fait de la crise un crime

Clément Solym - 14.05.2012

Edition - Société - Petros Markaris - Grèce - crise économique


En Grèce, les néo-nazis remplacent sournoisement les philosophes-rois, avec une crise économico-politique qui donne du grain à moudre aux idées les plus consensuelles : Petros Markaris, auteur de polars et scénariste, a fait de la Grèce de 2012 apr. J.-C. le cadre de son dernier roman, I Pairaiosi. Et partage ses vues, forcément pessimistes, sur l'avenir de son pays dans un entretien au Guardian.

 

Les éditeurs de Petros Markaris rendent un hommage indirect à sa prose en apposant un avertissement sur la quatrième de couverture d'I Pairaiosi : « Attention : ce roman est une fiction et ne doit pas être imité ». Façon Souffrances du jeune Werther, la prose de Markaris pourrait faire des émules.

 

 

 

Dans une Grèce contemporaine, un meurtrier qui se fait appeler le Collecteur des Taxes Nationales assassine les riches en défaut de paiement à la collectivité. Comble de l'ironie, le serial killer fait boire à ses victimes un succédané de la ciguë qui eut raison de Socrate. « Le titre est en Grec ancien, il signifie la fin de la vie, le paiement des comptes lorsque le moment est venu » explique calmement l'auteur.

 

« Mais son acception moderne fait référence à une méthode de prélèvement fiscale. Contre un paiement à l'administration fiscale - un arrangement - l'État amnistie les individus qui n'ont pas payé d'impôts. » Un système de clientélisme qui fait les affaires des hautes sphères économiques sur le dos du bon peuple.

 

Les écarts de richesse qui segmentent la population grecque sautent aux yeux de l'Inspecteur Haritos, chargé de l'enquête : I Pairaiosi s'ouvre sur le suicide d'un couple de retraités incapable de payer ses médicaments, et qui choisit de ne plus être un « fardeau » pour la société. Malheureusement, la scène n'est pas très difficile à imaginer : « J'ai voulu décrire la réalité du développement de cette crise, et la façon dont elle affecte les individus ordinaires » explique Petros Markaris, lui qui a rédigé les scénarios que le réalisateur Theo Angelopoulos a portés à l'écran.

 

Cependant, même l'imagination a ses limites : « Le système qu'a suivi le pays depuis la chute de la junte est mort. Les mesures d'austérité ont dévasté le champ politique. L'interrogation majeure, c'est si la Grèce pourra survivre aux mesures d'austérité, et si l'Europe pourra survivre à un effondrement grec. Je ne connais pas les réponses. »