Depuis plus d'un an, l'éditeur Gui Minhai est détenu en Chine

Antoine Oury - 18.10.2016

Edition - International - Gui Minhai éditeur - Gui Minhai Chine - censure liberté d'expression


En octobre 2015, de nombreux défenseurs de la liberté d'expression s'étaient inquiétés de ce qui ressemblait à un coup de force du gouvernement chinois contre la relative autonomie dont profite le territoire de Hong Kong. 5 libraires et éditeurs avaient été enlevés pour avoir fait entrer des livres interdits sur le territoire chinois. 4 d'entre eux ont été relâchés, mais Gui Minhai, le 5e homme, reste entre les mains des autorités.

 

Gui Minhai, au moment de sa « confession » publique imposée par les autorités chinoises, en janvier dernier

 

 

Naturalisé suédois depuis plus de deux décennies, Gui Minhai demeure à ce jour entre les mains des autorités chinoises : l'ambassade de Suède a pu rencontrer l'éditeur et libraire le 28 septembre dernier, assurant que celui-ci, malgré la situation, se portait bien. La détention de Gui Minhai, sans motif précis, a été dénoncée par de nombreux acteurs à l'international.

 

Gui Minhai aurait été arrêté par les autorités chinoises le 17 octobre 2015, alors qu'il se trouvait sur son lieu de vacances à Pattaya, en Thaïlande. Dans les mois qui suivirent, 4 autres éditeurs et libraires, liés à la maison d'édition de Minhai, Mighty Current Publishing, et à la librairie Causeway Bay Books, furent enlevés par les autorités chinoises.

 

Mighty Current Publishing s'était spécialisée dans la publication d'ouvrages dévoilant les scandales liés à l'élite chinoise : des ouvrages qui versaient parfois dans le ragot, mais participaient aussi à la désacralisation de personnalités peu recommandables. Basé à Hong Kong, Gui Minhai pouvait mener ses activités avec une relative liberté, puisque le territoire bénéficie d'un régime politique spécial. Jusqu'à présent, du moins.

 

Dans les premiers mois de sa détention, les autorités chinoises avaient mis sur pied un simulacre pour justifier l'arrestation de Minhai : dans une « confession » filmée et diffusée à la télévision, l'éditeur avait été contraint d'admettre sa responsabilité dans un accident de la circulation survenu 10 ans auparavant. Un moyen d'expliquer son interpellation, mais aussi une technique d'intimidation particulièrement prisée à l'époque de Mao...

 

 

 

366 jours, 17 heures, 12 minutes, 26 secondes...

 

Sur le site freeguiminhai.org, le compteur défile toujours : la plateforme mise en place par Angela Gui, la fille de Gui Minhai, informe sur la situation de son père au jour le jour. De nombreuses organisations lui ont assuré leur soutien, d'Amnesty International à l'Union internationale des éditeurs, l'IPA. Angela Gui a pu obtenir trois contacts téléphoniques avec son père, peu rassurants.

 

« [I]l me disait de cesser toute forme de campagne en faveur de sa libération, mais tout ce qu'il pouvait me dire sur lui était qu'il allait “bien” », explique-t-elle. À ce jour, aucune garantie ou information n'a pu être obtenue sur l'éventuelle libération de Gui Minhai. Éditeur très populaire à Hong Kong, il aurait par ailleurs été identifié comme le maître d'œuvre du trafic de livres condamné par la Chine, ce qui prolongerait sa détention.

 

Les 4 autres hommes enlevés par les autorités chinoises ont été successivement libérés : certains d'entre eux ont choisi de se faire discrets, mais le libraire Lam Wing-kee, libéré en juin 2016, avait décidé de tout révéler lors d'une conférence de presse, confirmant ainsi les soupçons d'enlèvements organisés par les autorités chinoises.

 

Les enlèvements des éditeurs et libraires surviennent dans un contexte politique particulièrement tendu : de nombreux habitants de Hong Kong, particulièrement les jeunes, estiment que le gouvernement n'est plus assez ferme pour garantir leurs libertés et la démocratie face au géant chinois. Le rapt de Lee Bo, ressortissant chinois doté d'un passeport britannique, en plein centre-ville de Hong Kong constituait à ce titre un exemple frappant d'une puissance chinoise totalement décomplexée.

 

via Asia Times