Des actes politiques pour faire avancer le livre numérique ?

Clément Solym - 20.10.2010

Edition - Société - edition - ebooks - numeriser


Les quatre représentants des grandes organisations professionnelles du livre viennent de signer une tribune dans Le Monde concernant le livre numérique. Fort heureusement, ces gentils garçons l'ont intitulée « Le bon accord reste à trouver ». Manquait plus que ça...

Bibliothécaires, éditeurs, libraires et auteurs s'accorderaient, c'est beau : « Ceux-ci sont tout autant convaincus de l'avenir de leur métier traditionnel que de la nécessité de participer au développement du numérique, afin de le mettre au service de la diversité de la création et de la lecture ouverte au plus grand nombre. » Sauf que le numérique, ça reste le diable, potentiellement, à même de créer « le pire comme le meilleur », et pour s'accomplir, il nécessite des « actes politiques audacieux et rapides ».

Prix unique, littéralement et surtout dans tous les sens

L'introduction est faramineuse. Le politique serait donc le levain de la lecture numérique, et non l'innovation des uns, l'audace des autres. Évidemment pas : l'édition vient de rappeler qu'elle est fédérée et unie et ne laissera rien passer. Un blog, massif, qui fait front : si la main-mise n'est pas assurée sur le numérique, personne n'y touchera. Et de défendre de nouveau une loi, pourtant largement caduque, comme souligné à plusieurs reprises, sur le prix unique du livre numérique.


« La proposition de loi allie simplicité et souplesse, deux qualités cardinales dans l'univers numérique. » Fichtre de nouveau : les bibliothécaires ont pointé les défauts caractérisés, des acteurs du monde du Creative Commons ont relevé des risques menaçant la création...

Bien évidemment, donner aux éditeurs le pouvoir de déterminer le prix de vente des livres permet surtout d'éviter les écueils de diffuseurs numériques trop gourmands. Mais en l'état, la proposition de loi des deux sénateurs a montré plus que des faiblesses. Pourtant, la tribune est claire : « Elle conçoit par ailleurs que la tarification des offres autour d'une même oeuvre puisse être modulable, selon les fonctionnalités de lecture ou le type d'accès que l'éditeur rend possibles au consommateur final. » On en perdrait son latin...

Enfin, c'est tout de même contre l'avis de l'Autorité de régulation que les signataires sont convaincus que la loi « donnera un coup d'accélérateur au marché du livre numérique en France ». Étonnant : les pirates de livres numériques estiment plutôt que c'est avec un tarif réellement attractif, qu'ils achèteraient des ebooks. À condition que l'offre évolue et s'étoffe également...

TVA passée à la poële

L'autre point, celui de la TVA réduite fait en revanche l'unanimité : alors que le livre papier est à 5,5 %, l'ebook est taxé à 19,6 %. Ce qui est amusant, c'est de voir comment l'on se dédouane des prix proposés, en pointant l'État qui « incite dans le même temps les éditeurs à abaisser le prix de vente TTC des livres numériques pour constituer des offres légales attractives ». Reste à savoir qui sont ces fameux « acteurs économiques », qui se rémunéreraient moins, dans ce cas de figure. De toute manière, sur ce sujet, c'est avec l'Europe, qu'il faut traiter...

Gallica contre Google, encore

Enfin, les signataires évoquent de concert Gallica, encore une fois posé en projet à même de répondre à Google et ses « agissements illégaux », menés « avec la complicité des grandes bibliothèques américaines ». Complicité... ça, c'est épatant... Mais que Gallica soit en mesure de rivaliser avec Google Books, voilà qui à nouveau prêterait à sourire. Évidemment qu'il faut des alternatives, pour que le marché se développe, un foisonnement d'acteurs, mais devant le géant américain...

Enfin, n'oublions pas que, si Google a effectivement scanné des oeuvres illégalement, la majeure partie des oeuvres numérisées est tout de même libre de droits. N'inversons pas non plus complètement la donne en diabolisant la société américaine.

« Il devra être l'expression des préoccupations solidaires des éditeurs, des bibliothécaires, des auteurs et des libraires ; et par là, encore une fois, des lecteurs. Editer, imprimer ou numériser afin de démocratiser l'accès à la culture, c'est toujours de cela qu'il s'agit. » Que le bon accord reste à trouver, certes, mais est-il vraiment nécessaire de le seriner, plutôt que de s'employer à mésinformer ?


Les signataires

Jean-Claude Bologne, président de la Société des gens de lettres
Benoît Bougerol, président du Syndicat de la librairie français
Antoine Gallimard, président du Syndicat national de l'édition
Pascal Wagner, président de l'Association des bibliothécaires de France