Des albums jeunesse adaptés pour les déficients visuels par Mes Mains en Or

Antoine Oury - 10.06.2016

Edition - Les maisons - Mes Mains en or maison d'édition - livres jeunesse déficients visuels - Congrès ABF 2016


Caroline Chabaud-Morin, des éditions Mes Mains en Or, est venu de Limoges pour présenter la production d'ouvrages adaptés pour les personnes déficientes visuelles au Congrès de l'ABF, à Clermont-Ferrand. Des ouvrages qui valent le détour, puisqu'ils utilisent le braille, des éléments tactiles ou auditifs pour rendre accessibles les albums jeunesse à tous les enfants.

 

Mes Mains En Or - Congrès ABF 2016 à Clermont-Ferrand

Un des ouvrages de la maison Mes Mains en or (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

La maison d'édition associative (un salarié, 16 bénévoles) « créé, fabrique et diffuse des albums adaptés pour les enfants déficients visuels » que Caroline Chabaud-Morin est venue présenter aux bibliothécaires présents au 62e Congrès de l'ABF. « Ce sont des albums en braille, en gros caractères, avec des images tactiles. La fabrication est artisanale puisque nous faisons du sur-mesure, réfléchi, adapté et pensé pour les déficients visuels », nous explique-t-elle.

 

Mes Mains en Or adapte les albums jeunesse pour qu'ils deviennent accessibles aux personnes empêchées de lire, car déficientes visuelles, qu'il s'agisse des parents ou des enfants : « Nous faisons en sorte que les livres soient graphiquement beaux, que tout le monde y prenne du plaisir, parce qu'un livre se partage, entre voyants et non-voyants, on ne reste pas tout seul dans son coin avec son livre. » Mais l'association organise également des projets de création à partir des idées fournies par les enfants déficients visuels lors d'ateliers.

 

L'abracadabrante journée d'une sorcière, écrit par Pauline Dufour, est ainsi né dans l'imagination des enfants avant de finir en album : « Pendant un an, nous avons travaillé autour du thème de la sorcière et toutes les idées ont été soumises à Pauline Dufour qui en a fait une histoire construite. Pareil pour les images tactiles, retravaillées, mais qui proviennent du travail avec les enfants », précise Caroline Chabaud-Morin. L'association collabore également avec des enseignants spécialisés et des adultes déficients visuels pour réaliser les meilleurs ouvrages possible.

 

Mes Mains En Or - Congrès ABF 2016 à Clermont-Ferrand

L'abracadabrante journée d'une sorcière, écrit par Pauline Dufour (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les images tactiles sont l'aspect le plus impressionnant du travail de l'association, et probablement un des plus délicats : « Il ne s'agit pas de mettre en relief une image visuelle, mais de réfléchir à ce qui aura du sens pour une personne déficiente visuelle », explique Caroline Chabaud-Morin. « Il y a des détails auxquels il va falloir penser : si l'on représente une vache, il va falloir penser à représenter et signifier ce qui la différencie d'un cheval, par exemple. »

 

Dans d'autres cas, cette représentation est encore plus ardue : pour le nuage, par exemple, l'éditeur a choisi d'utiliser une texture un peu molle, élastique, « pour se rapprocher de l'image ». Texture, odeur et sensation sont sollicitées, sans oublier l'audio pour certains ouvrages.

 

Des ouvrages qui n'ont pas de prix

 

Dans le cadre de ses activités, la maison d'édition associative bénéficie d'un agrément du ministère de la Culture pour l'exception handicap au droit d'auteur, « indispensable pour notre travail, car nos enfants déficients visuels ont besoin des mêmes outils que les autres, des mêmes livres que les autres, car ils étudient les mêmes oeuvres à l'école, ils ont envie de lire les mêmes livres que les autres. Il serait trop compliqué de demander les droits aux maisons d'édition : le délai de réponse, les coûts éventuels... Tout cela ne serait pas gérable. » Avec cette exception, maison d'édition originale et auteur ne touchent pas de droit d'auteur, mais ces derniers sont souvent heureux de voir leurs ouvrages ainsi transformés.

 

Mes Mains En Or - Congrès ABF 2016 à Clermont-Ferrand

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

La production des livres, artisanale, conduit forcément à des livres onéreux : « un livre coûte une centaine d'euros à fabriquer, sans oublier les heures de travail, et nous les vendons autour de 50 € », explique Caroline Chabaud-Morin. « Nous essayons de développer les ateliers et animations en bibliothèque pour développer l'intérêt autour de ces livres et de leur utilisation. » Des formations sont aussi proposées aux bibliothécaires, autour de la lecture tactile et du braille.

 

Si la maison Mes Mains en Or est présente au Congrès de l'ABF, c'est avant tout parce que les bibliothèques restent les premiers endroits où trouver ses livres : le démarchage auprès des librairies reste difficile puisque la remise de 30 % « n'est pas possible pour des livres sur lesquels nous perdons déjà de l'argent ». Mais quand les établissements de prêt passent commande, « les libraires jouent le jeu sans problème » : raison de plus pour proposer les livres dans les bibliothèques, « dont le rôle reste de donner accès à la lecture à tous ».

 

Mes Mains En Or - Congrès ABF 2016 à Clermont-Ferrand

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)