Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Des artistes honorent le quartier culturel dévasté de Bagdad

Julien Helmlinger - 23.01.2014

Edition - International - Bagdad - Irak - Projet littéraire


Un collectif composé d'une centaine d'écrivains, et autres artistes, a largué tout un tapis d'hommages en l'honneur du centre culturel historique de la capitale iraquienne. Depuis des siècles la rue Al-Mutanabi, du nom d'un poète arabe du Xe, s'est laissée arpenter par la communauté intellectuelle de Bagdad. On y trouve le marché au livre, les libraires, éditeurs et autres rendez-vous culturels. Mais en 2007, un attentat suicide commis par le biais d'une voiture explosive a dévasté les lieux. Un symbole qui aura donné des idées, en Occident.

 

 

Bagdad Cafe sign, California

walkinguphills, CC BY 2.0 

 

Comme en fait état le Guardian, un dicton populaire voudrait qu'après l'invasion et la mise à sac de Bagdad par les Mongols, en 1258, les eaux du Tigre auraient coulé rouge du sang des victimes et puis noir le lendemain, de l'encre de ses livres. Si en mars 2007 un attentat kamikaze avait fait une trentaine de victimes parmi les hommes, dans la rue mythique, le préjudice au patrimoine culturel ne fut probablement pas des moindres.

 

Un mois après la catastrophe, un certain Beau Beausoleil, poète basé à San Francisco, apprend la nouvelle en parcourant les colonnes du New York Times. Se disant que s'il avait été lui-même irakien il aurait volontiers installé son échoppe dans ce quartier sinistré, parmi ses pairs amateurs de culture, l'Américain se serait immédiatement senti concerné par cette explosion.

 

L'ampleur des dégâts causés, aux yeux du poète occidental, lui fit l'effet de faire en quelque sorte tomber les distances entre ces deux pays qui étaient en guerre il y a quelques années. Il a donc décidé de joindre l'action au discours et de partager son opinion, celui du partage, et de communiquer ça auprès de ses concitoyens par le biais d'une entreprise qui allait devenir collective, le Al-Mutanabi Street Project.

 

Son initiative artistique a commencé à prendre forme à partir de la réalisation d'une première affiche, une sorte de poster comme mode d'expression tactile, dont la typographie devait exprimer une réponse à la tragédie irakienne. Au fil des années, des collaborateurs ont rallié l'aventure et les hommages se sont multipliés sous des formes artistiques diverses donnant lieu à la publication d'une anthologie de ripostes à la bombe.

 

Plus de 130 d'entre elles ont été numérisées par les Florida Atlantic University Libraries, et données à la Bibliothèque nationale iraquienne. Un chiffre répondant aux 30 morts et à la centaine de blessés imputés à l'attentat.

 

Les hommages sont multiples et se déclinent pour certains sous forme de bouquins. Copublié avec Deema Shehabi, Al-Mutanabbi Street Starts Here regroupe diverses contributions, des mots d'artistes internationaux, au rang desquels on retrouve notamment le lauréat du Pulitzer 2003, Anthony Shadid. Une exposition est actuellement dédiée à quelques-unes des oeuvres inspirées par le projet, au sein des London's Mosaic Rooms.