Des auditions publiques réclamées pour le rachat d'Archambault

Cécile Mazin - 22.05.2015

Edition - International - Québecor Média - Archmbault détail - Renaud Bray


L'Association nationale des éditeurs de livres au Québec avait évoqué son intervention prochaine auprès du Bureau de la Concurrence. Dans le cas du rachat des magasins Archambault par la chaîne de librairies Renaud-Bray, l'inquiétude grandit dans le monde de l'édition française. Mais l'Union des écrivains va plus loin dans ses revendications.

 

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Si le montant de la transaction n'a pas été dévoilé, la confidentialité est de mise, l'importance de ce rachat au Québec est considérable. Avec 14 boutiques d'Archambault qui rejoindront le groupe d'une trentaine de librairies de Renaud-Bray, le paysage de la vente au détail sera immanquablement transformé en profondeur.

 

Ainsi, l'UNEQ souhaite que le Bureau de la concurrence établisse des audiences publiques, autour de cette vente. « L'UNEQ veut s'assurer que tous les acteurs du milieu du livre auront la possibilité d'exprimer leur point de vue et d'être entendus par l'organisme fédéral responsable du maintien de marchés concurrentiels », précise l'Union dans un communiqué.

 

Pourquoi une consultation publique ? Simplement pour mieux déterminer le cadre dans lequel cette opération doit se dérouler et établir les conditions d'approbation, dans l'éventualité de cette solution. L'UNEQ invite ainsi le Bureau à se pencher plus spécifiquement encore sur « la préservation de la bibliodiversité compte tenu de l'ascendant que détiendrait l'acquéreur sur les conditions d'achats et le choix des livres mis en vente ».

 

La pluralité des lieux de vente serait mise en danger de par la concentration qui est pointée – entraînant une difficile situation pour les 6000 titres qui paraissent annuellement au Québec. « La bibliodiversité est aussi ce qui favorise l'émergence d'une relève et qui empêche la création littéraire de se scléroser. » La responsabilité du Bureau de la Concurrence serait alors plus grande encore, parce que l'on parle du monde culturel.

 

Mais l'UNEQ ne passe pas non plus sous silence l'actuel conflit, qui aura bientôt plus d'un an, entre les librairies Renaud-Bray et Diffusion Dimedia. Un « litige commercial », qui frappe les auteurs « de plus d'une cinquantaine de maisons » : leurs titres ne sont simplement plus disponibles dans les boutiques du libraire. « Le règlement de ce désaccord devrait, à notre avis, devenir une condition préalable à l'approbation de la transaction. »

 

La politique au Québec, sur le grill

 

La ministre de la Culture, Hélène David, sera mise à rude épreuve, alors qu'elle a présenté voilà quelques semaines à peine un grand projet pour le livre au Québec. Ce Plan avait avant tout, pour vocation, de protéger les librairies. Le paradoxe serait donc grand. 

 

L'interprofession en avait déjà appelé à l'intervention de la ministre pour le conflit entre RB et Dimedia, dans une lettre ouverte publiée sur ActuaLitté. « Les gens de notre industrie ne peuvent plus attendre. Nous avons besoin de mesures consistantes pour consolider le réseau des librairies. Tout le monde le sait. Il s'agissait même de la conclusion unanime de la commission parlementaire tenue en août et en septembre 2013. »

 

L'actuel chef du Parti Québécois, Pierre Karl Péladeau, devenu donc le leader de l'opposition, s'est retrouvé un peu chahuté par la presse québécoise. En effet, ancien PDG du groupe Québecor – le groupe qui détient pour l'instant Archambault – il est toujours actionnaire de la société. S'il a annoncé qu'il ne vendrait pas ses participations pour autant, il assure n'avoir pas eu son mot à dire dans cette vente. 

 

Il avait été mis en cause, en tant que député de Saint-Jérôme, en intervenant en faveur du groupe, en octobre 2014. Il défendait alors sa circonscription et l'économie locale. À l'époque, il était intervenu pour faire en sorte que la société Québecor Média puisse réaliser le rachat de Vision Globale, alors qu'une société américaine, Clearlake Capital était en lice pour le rachat. 

 

Sauf que la presse s'est mise à creuser, et manifestement, la vente des magasins Archambault était déjà à l‘étude alors que PKP était encore à la tête du groupe. « J'ai quitté mes fonctions lorsque je me suis présenté comme candidat dans Saint-Jérôme. Certainement qu'il y avait des dossiers qui étaient en suspens au moment de mon départ, mais d'aucune façon j'ai eu à négocier quoi que ce soit. Je n'ai pas à donner de feu vert, je ne fais pas partie de la direction de Québecor », a-t-il souligné lors d'une intervention à l'Assemblée nationale. (via Journal de Québec)

 

Au terme de la transaction, a précisé le dirigeant de Renaud-Bray, Blaise Renaud, son groupe ne disposerait pas d'une position de contrôle : ses établissements pèsent pour 120 millions $ CA contre 620 millions $ CA pour l'industrie du livre. Impensable alors qu'il arrive, avec le rachat d'Arcahmbault, qui propose des produits culturels variés et divers, d'atteindre les 55 % de parts de marché. 

 

Le Bureau de la concurrence dispose de 3 à 6 mois pour rendre son avis.