Des bibliothécaires s'opposent au plan “Bibliothèques ouvertes” au sein des universités

Joséphine Leroy - 10.05.2016

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La pétition publiée par le Syndicat National l’Administration Scolaire Universitaire et des Bibliothèques (SNASUB-FSU) plaide pour une révision du plan proposé par le ministère en début d’année, et censé permettre l’extension des horaires de bibliothèques universitaires. Pour les signataires, « l’amplitude d’ouverture des services communs de documentation ne cesse de s’accroître depuis 20 ans » et elle est bien « supérieure à celle de toutes les autres entités universitaires ». 

 

Bu Belle Beille 2015 | 12

(PROBUA / CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

Ce plan, rendu public début 2016, a été initié par la ministre de l’Éducation Najat Vallaud-Belkacem. Cette dernière l’avait présenté avec Thierry Meudon, le secrétaire d’État à l’Enseignement supérieur et à la Recherche. Le plan prévoit une extension des horaires d’ouvertures et un développement des services numériques pour la rentrée 2016.

 

La politique ministérielle partait du principe qu’il fallait réajuster une offre inadaptée à la demande, le nombre de places assises étant insuffisant comparativement à l’augmentation du nombre d’étudiants. De plus, les horaires d’ouvertures ne correspondraient pas aux horaires de disponibilité des étudiants (rythme de vie et de travail) : seuls 19 % des BU françaises ouvrent à 20h, 38 % n’ouvrent pas le samedi et 96 % sont fermées le dimanche, comme le révélait le ministère dans un communiqué. Entre 2016 et 2019, le plan « bibliothèques ouvertes », ainsi nommé par le ministère, se donne donc plusieurs objectifs, dont ceux-ci : 

 

  • Ouvrir au moins une bibliothèque dans chaque université jusqu’à 22h du lundi au vendredi ; 
  • Ouvrir au moins une bibliothèque dans chaque université le samedi après-midi ; 
  • Ouvrir au moins une bibliothèque dans 40 grandes villes le dimanche après-midi ; 
  • Ouvrir au moins une bibliothèque dans chaque université pendant les périodes de révisions.

 

À toutes ces propositions, le Syndicat répond qu’elles sont, certes, irréprochables sur le papier, mais qu'en réalité elles ne feraient que mettre en danger la qualité des services documentaires en privilégiant la quantité de l’offre plutôt que la qualité, rappelant que l'offre actuelle est assez satisfaisante en termes d'amplitude d'ouverture. Un extrait de la pétition est ici reproduit : 

 

Madame la Ministre, nous, personnels des bibliothèques, attachés au service public et à la qualité de notre offre documentaire, tenons à réaffirmer que :

 

  1. nous ne sommes pas opposés, par principe, à toute extension des horaires d’ouverture des bibliothèques universitaires qui sont des services publics fondamentaux d’éducation, de formation, de recherche et de culture, mais rappelons que les BU sont déjà les services les plus ouverts sur les campus ;
  2. nous aurions même pu y être favorables, avec les moyens correspondants, dans les établissements ou les sections où, dans un constat partagé avec les représentants des personnels, il aurait été évident que cela répondait à un besoin social. 

 

[…] Mais, Madame la Ministre, ouvrir davantage, juste pour “l’affichage”, nous, personnels des bibliothèques, attachés au service public et à la qualité de notre offre documentaire, nous nous y opposons !  

 

 

Bibliothèques universitaires et bibliothèques municipales, même combat ? 

 

Dans deux jours, les bibliothécaires parisiens manifesteront leur opposition à l’ouverture le dimanche. Déjà rassemblés le jeudi 21 avril à la Bourse de Paris pour dénoncer les conditions d’ouvertures d’établissements de prêts les dimanches, les bibliothécaires s’en prenaient aux premières expérimentations d'une politique municipale qui n’ont, à leur sens, rien donné de bon. 

 

Les participants de l’AG avaient tenu à rappeler qu’ils ne s’opposaient aucunement à une extension des horaires, mais pas le dimanche, surtout au regard du manque de moyens mis à disposition. À Paris, la mairie avait préparé une liste de 7 bibliothèques susceptibles d’être ouvertes le dimanche : Parmentier (XIe), Hélène Berr (XIIe), Melville (XIIIe), Aimé Césaire (XIV), Germaine Tillion (XVIe), Rostand (XVIIIe) et Sabatier (XVIIIe).

 

Les syndicats (CFDT, CGT, FO, SUPAP, UCP et UNSA) avaient donc appelé à une mobilisation ce 12 mai, dans la cour de l’Hôtel Albret, siège de la Direction des Affaires Culturelles : « tous les syndicats ayant déposé des heures d’information syndicale pour ce jour là, les agents pourront donc s’y rendre sur leur temps de travail », pouvait-on lire sur le blog de la CGT Culture.

 

Une pétition avait aussi été mise en ligne, adressée à Bruno Julliard, le Premier Adjoint à la Mairie de Paris, ainsi qu’à Anne Hidalgo, la maire de Paris.