Des chercheurs préparent un ebook offrant de vraies sensations tactiles

Joséphine Leroy - 20.05.2016

Edition - Société - expérience numérique ebook - science livres chercheurs - Dominique Maes jeunesse


C’est en France que cela se passe, et plus précisément, dans le Nord. L’équipe Mint d’Inria Lille-Nord-Europe a imaginé un ebook capable de reproduire la sensation au toucher. La tendresse des écrivains ou des lecteurs pour l’objet papier a pu en rendre certains frileux vis-à-vis de l’ebook. Ceux-là pourront peut-être faire un pas en avant vers l’ebook avec l’apport de cette nouvelle expérimentation. Les chercheurs ont, par ailleurs, eu la bonne idée de faire participer des professionnels du livre, mais aussi des enfants qui, contre toute attente, se sont pris au jeu avec enthousiasme. Le projet étant sur le point d’aboutir, le livre haptique sera certainement une petite révolution dans le monde de l’édition. 

 

 

 

La formidable sensation du toucher que procure le livre papier pourrait bien être restituée dans l’édition numérique. Certains déplorent que « c’est une sensation qui se perd avec le livre numérique », comme le formule Frédéric Giraud, maître de conférence à l’Université de Lille 1 et membre de l’équipe-projet Mint Lille-Nord-Europe (collaborant aec le CNRS de l’Université Lille 1). L’équipe de recherche travaille avec des écrivains et des intervenants de la bibliothèque municipale de Lille pour redonner au lecteur ce plaisir du toucher, tout en gardant le confort du format ebook. 

 

Le livre haptique est un « livre augmenté », lit-on sur le site de l’Inria [Institut national de recherche en informatique et en automatique, NdR]. Elle a l’apparence d’une tablette numérique : de forme rectangulaire, elle est tactile. Sur les côtés, il y a ce qu’on appelle des « excitateurs ». Frédéric Giraud décrit le processus sensitif : « La surface de l’écran est dure, mais les excitateurs la font vibrer de quelques micromètres grâce à des ultrasons. Cet effet de vibration donne l’illusion du relief. » La sensation varie selon la zone que l’on touche du doigt : il y a une amplitude vibratoire différente selon telle ou telle zone choisie. Et quand il y a vibration, le doigt se déplace plus facilement, comme le notent les experts. 

 

Expérimentation ludique

 

Avant de penser à l’appliquer au monde du livre et de la culture, l’équipe de recherche a d’abord tenté de reproduire des sensations provenant de matières facilement reconnaissables. Elle a « par exemple été capable de reproduire le toucher d’écailles de poisson : une alternance de surfaces lisses qui se chevauchent. Mais les chercheurs voulaient donner un usage à leur technologie ». 

 

Ils ont donc pensé au livre, car c’est le lieu où la sensation du toucher se dissout davantage — paradoxalement — avec les nouvelles technologies. À l’heure du tactile, l’ebook ne procure pas le même agrément que le livre papier. « Nous voulions nous tourner vers l’univers des livres et de la culture. Dans un livre, le toucher permet d’apporter une expérience émotionnelle supplémentaire », raconte Frédéric Giraud. 

 

Le projet a intéressé la bibliothèque municipale de Lille et l’auteur et dessinateur belge Dominique Maes (notamment à l’origine des Bonnes Mauvaises Herbes, éd. L’Ecole des loisirs), qui a la charge de créer un scénario à partir de ce projet de livre augmenté.

 

Mais pas seulement, puisque les chercheurs ont eu l’excellente idée de faire intervenir des jeunes. Des élèves de CE2, de 5e et de seconde ont ainsi mis la main à la pâte dans l’optique de produire un design participatif : « L’intérêt de travailler avec des enfants est qu’ils auront certainement des idées inattendues qui pourront être intégrées », se réjouit Frédéric Giraud. « Ils ont tout de suite été réactifs : ils imaginaient comment cette technologie allait pouvoir s’intégrer à leurs jeux. Ils sont pour beaucoup très férus de jeux vidéo. L’un d’entre eux imaginait qu’on pourrait reproduire la sensation de gratter la terre ». Une boîte à idées sans fin. 

 


 

« Nous n’avions pas anticipé cela, mais ils n’ont pas de tabou, pas de complexe vis-à-vis de la technologie. Ils sont même assez demandeurs et ont beaucoup aimé manipuler notre tablette », ajoute-t-il avec étonnement.  

 

Le livre tactile comprendra des petites animations et pourra intégrer des éléments sonores. Après l’élaboration du scénario, des vignettes tactiles pourront compléter plusieurs passages. 

 

Quand pourra-t-on observer les premiers résultats de ce projet ludique et d’un intérêt scientifique indéniable ? Dans le courant du mois, selon l’Inria. Le livre haptique sera disponible sur des bornes tactiles, installées dans la bibliothèque municipale, centre de l’expérimentation. La suite est pleine de promesses.