Des chiffres opaques pour le marché numérique américain

Clément Solym - 04.10.2012

Edition - Economie - marché numérique - américain - bookstats


Publishing Perspectives lance un aperçu de l'analyse qui présentera les statistiques et les tendances « US E-book » à la Publishers Launch Conference, au Salon du livre de Francfort, lundi 8 octobre. Résultat : du secteur du livre numérique, il en ressort une opacité déroutante.

 

 

 

 

Des données quasi inexistantes pour le secteur éditorial numérique

 

Ce que l'analyse soulève en premier lieu, est un paradoxe. On aurait pu penser qu'avec un petit nombre de détaillants sur le marché très concentré du livre numérique, ce marché eut pu être entièrement transparent, du moins facilement mesurable. Que Nenni, c'est tout le contraire qui se passe, car aucun détaillant ne livre ses données.

 

Fort heureusement aux États-Unis, deux associations d'éditeurs, l'Association of American Publishers (AAP) et le Book Industry Study Group (BISG), ont essayé d'améliorer les connaissances générales sur les chiffres de ventes d'ebooks, notamment avec leur projet Bookstats. Des progrès ont été réalisés. Néanmoins, ces deux bases restent incomplètes et n'ont pu être complétées que par extrapolations statistiques. Tous les chiffres rendus sur le secteur économique du livre numérique ne sont que des estimations.

 

Des hypothèses, des extrapolations, on peut rêver, tout est permis

 

Ainsi, l'estimation faite par Bookstats sur le commerce des éditeurs d'ebooks en 2011 prétend un chiffre d'affaires de 1,97 milliard de dollars, contre 838 millions de dollars en 2010. Mais là où ne se présentent que des hypothèses naissent des contradictions, plus ou moins grandes. Ainsi, certains pensent que les chiffres présentés par Bookstats sont trop élevés par rapport à la réalité, puisque dans leurs estimations, l'ajout de plus de 1 100 éditeurs n'a permis d'augmenter le nombre de livres numériques que d'environ 13 % à ce jour. A Bookstats s'oppose StatShot, organisé par les six plus grands éditeurs commerciaux américains (Hachette Book Group, HarperCollins, Macmillan, Penguin, Random House et Simon & Schuster). StatShot annonce vouloir refléter plus fidèlement le marché de l'ebook, avec des nombres révisés du chiffre d'affaires de 2011, estimé à 1,1 milliard de dollars.

 

En revanche, aucune donnée n'est révélée sur l'auto-édition ni sur les petits éditeurs numériques.

 

Aucun chiffre évident ne se dégage, ni aucune façon efficace pour trancher. L'une des principales références reste celle des rapports trimestriels et annuels des éditeurs qui font partie de sociétés cotées en bourse. Mais il est difficile d'aligner ces chiffres, soulignent les experts. Pour le moment, on retient que le contenu numérique représentait, pour le premier semestre, plus de 23 % des ventes mondiales chez Simon & Schuster, 19 % pour Penguin, 20,5 % pour Harlequin, 18 % pour HarperCollins (pour le premier trimestre) et 14 % pour le deuxième trimestre.

 

Une croissance au ralenti

 

Aucune tendance évidente n'a émergé ces derniers mois sur le marché américain. Alors que les achats de livres numériques continuent à se développer, la croissance des ebooks aux États-Unis a considérablement diminué à partir de septembre 2011. Pour un marché qui avait l'habitude de doubler d'année en année, il est maintenant prévu qu'il augmente d'environ un tiers en 2012. Le ralentissement du secteur numérique a été confirmé par plusieurs dirigeants au cours de l'été, lors d'une déclaration de résultats financiers, y compris par le groupe Pearson avec l'ex-chef de direction Marjorie Scardino, Carolyn Reidy PDG de Simon & Schuster, et William Lynch PDG de Barnes & Noble. Et là, de nombreuses hypothèses sont en cours pour démanteler les raisons d'un tel ralentissement.

 

En conclusion, comme pour nous rassurer, l'analyse nous assure qu'il existe un domaine bien plus opaque que les ventes d'ebooks : les ventes de tablettes. Quelques rapports complets sont disponibles et vendus à des prix élevés, dont le suivi des résultats demande un accès payant régulier. De quoi dissuader. Ce qu'on sait, ou croit savoir, c'est que les ventes d'appareils numériques sont en croissance, et que les tablettes devraient continuer de croître à un rythme beaucoup plus rapide que les appareils eInk.

 

Bref, ce qu'on retient, c'est que sans chiffre solide, un secteur économique ne peut pas fonctionner de façon aussi dynamique qu'il pourrait l'être. Il y a de quoi être dérouté.