Des classes du secondaire en bibliothèque : “Susciter des échanges est très difficile”

Antoine Oury - 09.10.2020

Edition - Bibliothèques - classes bibliotheques - eleves secondaire bibliotheques - accueil eleves bibliotheques


L'association Lecture Jeunesse, qui œuvre pour développer la lecture et l’écriture chez les adolescents, a dirigé une enquête menée par la docteure en sociologie Stéphanie Kellner pour mieux comprendre l'accueil de classes, et principalement d'adolescents, dans les bibliothèques publiques. Il en ressort qu'une majorité d'établissements accueille plus de 10 classes par an, mais que le primaire domine encore largement le secondaire, jugé plus difficile par les professionnels.




Dresser un panorama des accueils de classes dans les bibliothèques, de manière qualitative et quantitative : tel était l'objectif de l'enquête menée par Stéphanie Kellner, dont les résultats sont publiés par l'association Lecture Jeunesse. Un moment « important » pour les enfants et adolescents, et qui représente pour certains leur seul contact avec l'établissement et son offre.

326 personnes ont répondu à un questionnaire en ligne, pour cette enquête, représentant à 74 % des bibliothèques municipales, puis des établissements intercommunaux et départementaux. Une bibliothèque municipale belge et une bibliothèque scolaire suisse ont également participé à l'enquête. Dans un deuxième temps, Stéphanie Kellner a mené plusieurs entretiens semi-directifs, d'environ une heure.
 

Déconstruire les représentations


Le panorama des accueils de classes est formel : les établissements de lecture publique accueillent majoritairement des élèves du primaire, « surreprésentées », souligne Stéphanie Kellner. « Certains établissements n'accueillent pas de classes du secondaire, parfois pour des raisons géographiques : il n'y a pas de collège ou de lycée à proximité. »

57 % des bibliothèques répondantes accueillent plus de 20 classes de primaires sur un an, un chiffre qui descend à 6,5 % pour les classes de collège, sur une même période. Les établissements des villes qui abritent entre 5000 et 50.000 habitants accueillent le plus de classes, en raison de cette proximité avec les établissements scolaires, qui facilite considérablement l'accueil.

Dans le secondaire, les classes de collèges sont le plus souvent accueillies, notamment celles de 6e et de 5e, quand les classes de lycées sont moins représentées. Les classes de lycées professionnels ou technologiques sont le plus souvent reçues.

L'étude remarque plusieurs facteurs qui favorisent l'accueil en bibliothèques : outre la proximité, la présence d'un référent ado dans l'établissement est un facteur décisif, tout comme l'implication du professeur documentaliste. Or, les classes du secondaire sont le plus souvent accueillies de manière ponctuelle, sur une seule séance, à la demande du professeur (à 51 %, professeur de lettres ou de langues, suivi par l'art plastique, les SHS et l'histoire). Souvent, ces accueils du secondaire sont très limités dans le temps, en raison de la temporalité imposée aux professeurs dans les collèges et lycées.

Si la présentation de l'établissement, de son offre et de ses espaces est un passage obligé pour les accueils de classes du primaire, « une idée de progression se dessine pour les accueils du secondaire ». Il s'agit notamment de « déconstruire les représentations du livre, de la bibliothèque, des institutions culturelles, mais aussi du métier de bibliothécaire », note Stéphanie Kellner.
 

L'accueil, un « moment de séduction »


L'accueil des classes dans les établissements de lecture publique ne signifie pas une traditionnelle séance de lecture à voix haute, le « passage obligé » en la matière. Les « trajectoires des bibliothécaires » permettent de relever une envie d'innovation au sein de la profession, en la matière, souligne Stéphanie Kellner. 

Des prix littéraires, dans le cadre d'un partenariat, des rencontres avec des auteurs, une interaction qui fait intervenir des outils et supports numériques, de l'éducation aux médias ou encore des clubs et comités de lecture sont autant de manières d'accueillir une classe. Et, même au sein de la catégorie « lecture », l'innovation est présente, « peut-être plus, car on cherche à renouveler, proposer autre chose ».

Selon les bibliothécaires interrogés, les accueils de classe comme « moments de séduction » pour capter un public jeune fonctionnent, avec une partie des élèves qui reviennent dans les établissements, pour leur propre usage, parfois déconnecté de la scolarité.
 

ECONOMIE: les bibliothèques aidées
par le CNL


« Dans l'accueil de classe, il s'agit de se positionner par rapport à l'établissement scolaire », relève Stéphanie Kellner, avec le souci de ne pas proposer dans la bibliothèque ce que l'on fait dans une salle de classe. Néanmoins, le dialogue avec l'enseignant est crucial, tout comme celui mené avec les élèves, autant en amont qu'en aval des accueils.

Le constat est unanime sur la réussite des accueils : « Lorsqu'il y a des échanges, c'est réussi », affirment les bibliothécaires, qui ajoutent que « susciter ces échanges est très difficile »...

L'enquête complète est disponible à cette adresse.

Photographie : illustration, médiathèque de Graulhet (charlotte HENARD, CC BY-SA 2.0)




Commentaires
Je trouve dommage que le rôle du professeur documentaliste dans le secondaire soit aussi peu développé et pensé dans l’étude : nous ne nous limitons certainement pas au temps « peri-scolaire » et au club lecture. Nous jouons un rôle permanent pour tous les élèves, en classe (avec des partenariats avec les professeurs de discipline) ou hors classe, d’incitation à la lecture, y compris (et surtout) la lecture plaisir. C’est donc une fonction très comparable à celle d’un bibliothécaire. Nous devons aussi ouvrir l’établissement sur son environnement culturel, dont les bibliothèques (personnellement j’ai plein de méthodes pour inciter les élèves à fréquenter la médiathèque de la ville). Nous sommes donc en effet les interlocuteurs privilégiés des bibliothécaires mais pas seulement pour faire venir notre club lecture ! Bref, je conseille aux bibliothécaires de s’appuyer sur le professeur documentaliste pour connaître les besoins de l’établissement, les besoins des jeunes et pour créer un partenariat avec des classes et pas seulement avec les élèves motivés du club lecture (partenariat qui en interne au collège sera doublé d’un partenariat prof de discipline/prof doc).

PS : tous les livres de l’illustration se trouvent dans les CDI de collège. On a même nos fonds documentaires visibles sur Internet
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