Comment Amazon cautionne le plagiat de critiques de livres

Nicolas Gary - 10.03.2014

Edition - Société - commentaires - fiches produits - plagiat de chroniques


Ce week-end, le forum du réseau social du livre Babelio a été agité par ses utilisateurs : c'est avec consternation que certains ont découvert la présence de leurs chroniques dans les commentaires de fiches produits présentes… sur Amazon. Une utilisatrice, Coline, s'est joliment amusée à effectuer, à pas moins de 700 reprises, un copier-coller de critiques de livres qui ne lui appartenaient pas le moins du monde. Contrefaçon et conditions d'utilisation s'affrontent. 

 

 

 

 

Coline n'est pas la plus prolixe des commentatrices d'Amazon : 774 messages laissés, avec une certaine efficacité, 63 % d'appréciations positives. Elle est par ailleurs classée 443e dans le top des meilleurs critiques du site marchand. Pour autant, on découvre très rapidement qu'elle s'approprie assez facilement le travail de lecture des autres.

 

Miguel33 en fait amplement état : il dénombre plus de 700 chroniques de livres pour lesquels Coline reproduit les textes de blogueurs - certains d'entre eux ont vu plusieurs de leurs critiques reproduites. Difficile de savoir si les reproductions proviennent directement de celles déposées sur Babelio : les blogueurs reconnaissent avoir parfois publié leurs chroniques sur d'autres sites de vente. Mais le problème de plagiat se double, lorsque la firme américaine prend le temps de répondre aux utilisateurs.

 

Bien entendu, la présence de commentaires sur le site d'Amazon permet d'enrichir les contenus des fiches produits. Cela aide le site à disposer d'un meilleur référencement, d'une part, mais également d'offrir aux clients un service complémentaire en matière de prescription. 

 

En réaction, certains blogueurs ont décidé de laisser un message indiquant que la critique de livre était plagiée.  

Bonjour, ce texte a été écrit et publié sur mon blog dont voici le lien : 

http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2014/01/11/tu-nas-pas-tellement-change-marc-lambron-rentree-litteraire-janvier-2014/

Je trouve que vous êtes bien gonflée de pomper des chroniques et de les faire passer pour vôtres ! On appelle ça du plagiat et c'est passible d'amende !

 

Un effet totalement contre-productif pour la firme, mais également pour l'auteur, qui devient l'objet d'une polémique assez triste.

 

Quid du plagiat ? 

 

Pas besoin d'aller chercher très loin, pour constater une infraction légale : la nétiquette, cette charte informelle, qui guide le réseau, implique, par politesse de citer la source de son information. Wikipedia parle d'une forme de «  contrat social pour l'internet ». 

 

Mais si l'on se repositionne dans le cadre du Code de la propriété intellectuelle, c'est plus clair encore. 

Article L122-4

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit ou ayants cause est illicite. Il en est de même pour la traduction, l'adaptation ou la transformation, l'arrangement ou la reproduction par un art ou un procédé quelconque.

 

Il n'est pas donné la possibilité aux utilisateurs de contacter les autres commentateurs d'Amazon. Or,

Amazon est de fait éditeur de son site, mais également hébergeur des contenus postés par ses utilisateurs - qu'il donne la possibilité de contacter ces derniers ou pas ! Il se retrouve donc à abriter des textes contrefaits, et à ce titre, on renverra aux articles L335-1 et suivants, touchant aux dispositions pénales encourues en cas de reproductions illicites.

 

Il faut noter en effet que l'hébergeur est responsable dans ce cas de figure, et que, si l'on porte à sa connaissance, une reproduction illicite, il est tenu de réagir, sans quoi, il est donné de faire valoir ses droits en la matière… Et prendre contact avec Amazon, c'est ce que certains des internautes plagiés se sont empressés de faire.

 

Un problème ? Aucun problème

 

Clara fait état de la réponse que lui a fournie Amazon. Assez édifiante en la matière. La société assure avoir pris connaissance dudit commentaire dénoncé, mais n'entend pas réagir le moins du monde. 

Cependant, puisque ce commentaire adhère à nos conditions d'utilisations et règles d'écriture, nous ne serons pas en mesure de le supprimer. 

 

Pour mémoire, laisser un message chez Amazon implique avant tout de disposer d'un compte, et d'avoir réalisé un achat. Les contenus sanctionnés seront ceux qui font état d'un contenu inacceptable (insultes, harcèlement, etc.), inapproprié (porter atteinte à la vie privée, etc.) ou encore promotionnel. Mais la violation du Code de la propriété intellectuelle ne semble pas entrer en ligne de compte. Du tout ? Eh bien…

 

 

Paste Copy Paste Copy

wiredforlego, CC BY SA 2.0

 

 

« Tout commentaire en contravention avec les lois françaises ou ne respectant pas les règles mentionnées ci-dessus ne pourra être publié. Nous attirons particulièrement votre attention sur les délits de diffamation et d'injure, d'atteinte aux bonnes mœurs et à l'honneur de la personne, ainsi que sur des textes à caractère raciste. Il en va de même pour tout commentaire à caractère publicitaire et/ou commercial », peut-on malgré tout lire dans une section Important. Juste avant : « Amazon.fr, ses dirigeants ou employés ne peuvent être tenus responsables des dommages ni de toute demande émanant de tiers en rapport avec l'information et le contenu des commentaires publiés. »

 

Si d'un côté, on se trouve bien en violation de la loi française, Amazon se décharge donc de toute responsabilité concernant ladite violation. 

 

Un excès de zèle malheureux ?

 

Contacté par ActuaLitté, Babelio déplore cette réaction de la part d'Amazon. « Il est déjà arrivé que des internautes publient sur Babelio des critiques copiées ailleurs. Nous ne sommes, pas plus qu'Amazon, à l'abri du plagiat. Mais une fois prévenus par les lecteurs plagiés, nous avons évidemment supprimé les comptes incriminés. 

 

Le plagiat est très agaçant, mais ce qui est encore plus étonnant dans cette affaire, c'est la réponse d'Amazon aux lecteurs qui les ont contactés. Espérons qu'il s'agit d'un excès de zèle maladroit d'un employé du service client, et non d'une politique d'indifférence délibérée de l'entreprise quant à l'origine des contributions des internautes, encourageant par là même le plagiat. »

 

D'autant plus, souligne Les livres de George, que ladite Coline ne sévirait pas simplement en publiant sur Amazon, mais s'alimenterait également à travers d'autres sites comme Allociné, pour des chroniques qui concernent différents types de produits. Ce dernier émet l'hypothèse d'une « serial plagiaire », qui pourrait faire du tort à la firme américaine.

 

Nous attendons une réaction d'Amazon.

 

mise à jour : 

Amazon a répondu à ActuaLitté, pour expliquer que les chroniques indélicates seront prochainement supprimées. « Nous avons appris qu'une personne avait publié sur le site Amazon.fr des commentaires copiés sur d'autres sites, ce qui est contraire à nos règles d'écriture. Conformément à notre politique, cette personne a été avertie et est désormais interdite de tout commentaire sur le site et ses commentaires seront supprimés. »