Des critiques élogieuses... qu'un auteur publiait pour son compte

Clément Solym - 05.04.2012

Edition - Justice - diffamation - Grande-Bretagne - auteur


Mieux vaut une mauvaise critique que pas de critique du tout ? cette vérité générale de l'édition vient de démontrer une nouvelle fois sa vérité. En effet, un auteur a tenté de poursuivre en justice un père de famille, pour des commentaires négatifs publiés sur... Amazon. 

 

L'affaire avait débuté en novembre dernier. Le livre de Chris McGrath, entrepreneur, The Attempted Murder of God, cherchait à démontrer qu'il existe une conspiration scientifique internationale, qui tente de cacher au grand public les preuves implacables de l'existence de Dieu. La situation avait par la suite un peu dégénéré.

Chris McGrath, considérant qu'il est touché dans son vif d'auteur, et piqué dans sa dignité d'homme a décidé de mettre en procès Jones, la Fondation Dawkins et Amazon, tout bonnement, pour ces insultes qui lui sont jetées à la face, et exercice manifeste de diffamation. (voir notre actualitté)

 

Mais voilà : le juge a considéré que si les commentaires de l'internaute pouvaient être considérés comme diffamatoires, les dommages occasionnés étaient minimes. Voire dérisoires. 

 

Et surtout, en regard des frais de justice et du temps passé sur cette affaire, on frisait le ridicule.

 

 

 

Mais l'aventure ne s'arrête pas en si bon chemin. Car au cours de la procédure, il a été découvert que l'auteur critiqué avait lui-même une pratique assez intéressante de... critique, uniquement pour ses propres livres. Par le biais d'un grand nombre de pseudonymes, ce dernier publiait ainsi des éloges de son livre autoédité, et surtout, ripostait farouchement contre ceux qui se montraient acerbes.

 

Renversement de vapeur numérique, et voilà l'arroseur arrosé. Selon le juge, McGrath aurait toutes les peines du monde à convaincre qu'il avait subi un quelconque préjudice attendu que son comportement à lui était condamnable. 

 

Condamnable, à plus d'un titre, puisque c'est une amende de 100.000 £ à laquelle l'auteur pourrait désormais être condamné. Ses avocats soulignent cependant qu'ils ont jusqu'au 30 avril prochain pour contester la décision et interjeter appel. (via The Independent)

 

Pour autant, ce procès a donné l'occasion d'une tribune largement ouverte aux partisans d'une réforme législative en matière de diffamation. Aujourd'hui, la Grande-Bretagne connaît en effet une grande révision et un questionnement autour de ces problématiques, qui dérangent les éditeurs. Ces derniers en arrivent à hésiter sur la publication d'un titre, redoutant de recevoir une plainte pour diffamation, et de perdre le procès, dans le cas d'un ouvrage polémique. 

 

Les éditeurs expliquent ainsi qu'ils n'ont souvent pas les moyens de supporter un procès, et qu'à ce titre, ils préfèrent s'abstenir. Et c'est alors la liberté d'expression qui se retrouve muselée. Qualifiée d'archaïque, la législation sur la diffamation devrait alors être sérieusement revue.