Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Des ebooks en bibliothèque, certes, mais à certaines conditions

Cécile Mazin - 09.10.2013

Edition - Bibliothèques - livre numérique - prêt d'ebook - bibliothèques


Le réseau CAREL vient de fournir une série d'observations et de commentaires concernant le projet Prêt Numérique en Bibliothèque, ou PNB. CAREL a toujours revendiqué que pour les bibliothécaires, soit possible de choisir entre les deux paradigmes : abonnement et achat, et de pouvoir combiner les deux modèles. Nous livrons ici l'intégralité de leur réflexion sur le projet PNB et les implications du livre numérique en bibliothèque.

 

 

 

 

Petit rappel par ailleurs, avant d'entrer dans le vif du sujet : 

  • PNB est un projet interprofessionnel piloté par Dilicom et soutenu par le CNL (Centre national du Livre).
  • PNB n'est pas une offre de livres numériques. 
  • PNB n'est pas un logiciel permettant de gérer le prêt ou la consultation en bibliothèque.
  • PNB est un dispositif d'échange d'informations (données commerciales, métadonnées descriptives, juridiques et techniques, données de gestion : état des droits de consultation, statistiques…) entre éditeurs, libraires et bibliothèques, dont le but est de faciliter le développement d'offres de livres numériques pour les bibliothèques.

Maintenant, voici les observations fates par CAREL sur PNB.

 

1. Points de progrès
 
Même si PNB n'est pas en soi une offre de livres numériques, ce projet a un effet certain sur le développement de l'offre de livres numériques à destination des bibliothèques. Les partenariats tissés entre DILICOM et les éditeurs vont dans le sens des recommandations sur le livre numérique sur le point : “Comme pour le livre papier, les usagers doivent pouvoir trouver en bibliothèque tous les livres numériques


Pour assurer pleinement leurs missions, les bibliothèques publiques doivent pouvoir :

  • Accéder à l'ensemble de  l'édition numérique disponible dès sa parution
  • Constituer une offre de livres numériques issue de catalogues de tous les  éditeurs nationaux
  • Sélectionner les livres titre par titre (y compris dans le cadre d'un bouquet) et pouvoir consulter les ouvrages avant de les ajouter à la collection “

 
2. Points de vigilance
 
Au regard des recommandation publiées par l'association, CAREL souhaite attirer l'attention sur un certain nombre de points de vigilance dans cette phase d'expérimentation.
 
A/ Sur le modèle d'achat de PNB
 
Seule la vente au titre via un libraire sera proposée. Si les bibliothécaires sont attachés au rôle des libraires dans l'économie du livre, CAREL s'interroge sur le coût de la (re)constitution d'une collection numérique alors même qu'un rabais de 20 à 30% sur le prix de vente des versions imprimées est consenti pour la vente aux particuliers. Si les tarifs devaient être similaires pour les bibliothèques, les budgets publics seront très vite insuffisants. Par exemple, les livres vendus en bouquet par Immatériel en dehors de PNB reviennent beaucoup moins cher du point de vue du coût par titre. Rappel des recommandations adoptées par l'association : “Bénéficier de tarifs soutenables pour les finances publiques leur permettant de présenter une offre abondante et attractive, condition du développement de la lecture numérique.”
 
Si le développement technique de PNB constitue une avancée susceptibles de répondre à nos attentes, CAREL note le manque d'informations sur les modèles économiques qui seront associés.
L'association souhaite donc que ceux-ci soient communiqués dans les meilleurs délais afin de pouvoir les analyser
 
L'association pointe par ailleurs la difficulté à trouver un terrain de négociation : en effet, ce sont les éditeurs qui décident des conditions tarifaires et des droits associés aux fichiers mais c'est avec des libraires et non avec des éditeurs ou des distributeurs que les collectivités passeront probablement des marchés. Comment concilier l'un des objectifs majeurs de ce projet (faciliter la transaction avec les libraires) et le code des marchés publics ?
 
Par ailleurs, CAREL souhaite que ce projet permette de répondre à la question de la pérennité des titres vendus. Les bibliothèques publiques, notamment celles qui ont vocation à conserver notre mémoire pour les générations futures ne peuvent se satisfaire d'offres dans lesquelles elles ne soient pas propriétaires de plein droit de ce qu'elles achètent, ce qui implique que les collections acquises puissent être transférées d'une plateforme à l'autre.

 
B/ Sur les modalités d'accès et d'usage
 
Comme pour le livre papier, les usagers doivent trouver en bibliothèque des supports ergonomiques et utilisables par tous. Les bibliothèques souhaitent donc :

  • Offrir ces contenus et services associés à distance via des dispositifs d'agrégation interopérables
  • Ne pas contraindre les usages par des mesures techniques de protection (DRM) attachées à un fichier
  • Donner accès aux livres numériques en mode connecté et déconnecté
  • Proposer la lecture et les fonctionnalités associées sur  tous les supports des usagers (portabilité sur ordinateurs, tablettes, liseuses, smartphones…)

Si le titre de ce projet et la mention explicite par certains éditeurs de DRM chronodégradables contrôlés au fichier calquent les modes d'accès physiques à des documents, CAREL rappelle que le “prêt numérique” est en réalité une licence dont les conditions doivent être négociables. Nous souhaitons donc que l'ensemble des offres, conformément à nos recommandations :

  • favorisent l'accès à distance au même titre par le plus grand nombre de lecteurs  dans des limites définies par l'éditeur, mais sans imiter la gestion à l'exemplaire calquée sur le prêt des livres physiques
  • permettent le feuilletage in situ des titres acquis (extraits ou texte intégral)

Encore plus que le livre papier, le livre numérique doit favoriser les échanges à distance entre usagers

  • En autorisant la diversité des usages, des réutilisations (citations, commentaires), des échanges (réseaux sociaux de lecture) ;
  • En autorisant les flux de données, métadonnées de qualité et de contenus éditoriaux en provenance des sites éditeurs, distributeurs ou libraires (extraits, images, critiques…), dans des formats interopérables et exploitables par les bibliothèques, afin de pouvoir construire la médiation numérique

Carel attend donc désormais des partenaires commerciaux du projet PNB un engagement clair sur :
 

  • la possibilité de procéder à des copies partielles dans le respect de la législation en vigueur ;
  • la fourniture de métadonnées de qualité comprenant notamment les couvertures et des extraits ;
  • la possibilité pour les bibliothèques d'obtenir en direct des statistiques complètes sur les pratiques de leurs usagers.

 
3. Points de critique 
 
Carel souligne que le projet ne pourra se développer que si les bibliothèques disposent d'une brique logicielle permettant à leurs usagers d'accéder au service. Le coût de ce développement ne saurait être supporté par chaque établissement. Carel demande donc que soient dégagés les fonds publics nécessaires au développement d'une brique open-source facilement adaptable aux logiciels existants.