Des écarts grandissants entre les revenus des auteurs

Camille Cornu - 21.01.2016

Edition - Economie - revenus auteurs - inégalités


Au Royaume-Uni, une étude de 2015 révèle des inégalités grandissantes entre les revenus des auteurs professionnels (définis comme ceux qui consacrent au moins 50 % de leur temps à l’écriture). 10 % d’entre eux se partagent désormais 58 % des revenus engendrés, et gagnent 60.000 £ ou plus par an. Et 5 % d’entre eux se partagent 42,3 % de ces revenus, en gagnant 100.000 £ ou plus par an. 

 

Death found an author writing his life..

leiris202, CC BY-NC 2.0

 

 

L’étude, The Business of Being an Author : A Survey of Authors Earnings and Contracts, a été commandée par la Authors’ Licensing and Collecting Society (ALCS), et les recherches ont été menées par l'université Queen Mary de Londres. Au bas de la pyramide, 50 % des auteurs, professionnels comme amateurs, ne gagnent que 7 % des revenus générés par les auteurs. 

 

Une étude initiale avait montré qu’en 2005, 40 % des auteurs pouvaient vivre de leur plume. En 2013, ce chiffre avait chuté à 11,5 %. En 2005, le revenu moyen d’un auteur était de 12.330 £ quand il est était de 11.000 £ en 2013, ce qui reste encore 5000 £ en dessous du seuil de pauvreté.

 

De plus, si 17 % des auteurs n’avaient rien gagné de l’écriture en 2013, 90 % d’entre eux devaient recourir à d’autres activités pour compléter leurs revenus.

 

La recherche montre également un écart de genre dans les revenus des auteurs professionnels : les femmes ne gagnent que 80 % du revenu de leurs collègues masculins. Cet écart était plus important que celui de la population générale, où les femmes gagnent 91,5 % du revenu des hommes. Cependant, lorsque l’on réunissait les auteurs amateurs et professionnels, cet écart se rétrécissait, les femmes gagnant 97 % du revenu de leurs homologues masculins. 

 

Un peu plus d’un quart des répondants avait autopublié un livre, et les 10 % les mieux payés avaient pu générer un profit de 7000 £ ou plus. Parmi les auto-publiés, les mieux lotis pouvaient voir un retour sur investissement de 154 %. Mais 20 % des auteurs avaient connu des pertes de 400 £.

 

Un marché largement dominé par les auteurs jeunesse 

 

Mais The Guardian  note encore une nouvelle inégalité : au Royaume-Uni, presque un tiers des ventes est détenu par seulement trois auteurs. Et bien sûr, trois auteurs spécialisés dans les livres jeunesse : Julia Donaldson, qui domine la pyramide depuis 6 ans, avec 14 M£ de revenus, David Walliams (11 M£) et J.K. Rowling (8 M£).

 

Venus de chez Nielsen BookScan, ces chiffres comptabilisent donc en tout 55.000 auteurs... ce qui signifie que les 50 auteurs à se partager 13 % des 1,49 milliard de revenus des auteurs ne représentent que 0,1 % de la totalité des auteurs. 

 

Le top 1 % des auteurs (50 auteurs) s’est partagé 32,8 % des ventes, et le top 10 % en a amassé 32,8 %. Mais l’écart s’élargit : selon le Bookseller, les 199 M£ raflés par les 50 auteurs les mieux payés a augmenté de 21 % par rapport à 2014, alors que le marché du livre en général n’a augmenté que de 6,6 %.

 

Des responsabilités partagées ? 

 

Nicola Solomon, directrice de la société des auteurs, a dénoncé « les revendeurs en ligne, qui attirent l’attention sur les meilleures ventes au lieu de faire de vraies recommandations. Les gens ne savent même plus que d’autres titres sont disponibles ».

 

Mais elle a également rappelé les éditeurs à leur rôle et à ne pas devenir des machines à profit, elle les a appelés à verser des « avances décentes » aux auteurs débutants, et à l’industrie en général à agir de manière responsable, en mettant en valeur des auteurs plus diversifiés et moins connus : « Les éditeurs doivent prendre plus de risques, avec des titres et des auteurs plus variés, et mieux soutenir les titres du bas des listes. » Elle a également proposé que les organisateurs de festivals pensent à inviter régulièrement des auteurs moins connus à côté des têtes d’affiche. 

 

Mais elle a aussi appelé les lecteurs à « lire plus largement, lire en traduction et lire des auteurs de divers horizons ». 

 

Alors qu’en France les débats se concentrent pour l’instant sur la nécessité de rémunérer les auteurs en salon, cela n’aidera pas à réduire ces inégalités de revenus si les mêmes noms y sont régulièrement invités. En novembre dernier, le CNL accueillait pourtant une table ronde visant à débattre d’une plus juste rémunération pour les auteurs.