Des écrivains français défendent De Gaulle : ils ne vous ont pas compris

Clément Solym - 04.06.2010

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La pétition lancée sur le site Les Lettres Volées se faisait connaître amplement hier - et n'a pas tardé à susciter la colère d'écrivains français. Une opposition entre les enseignants de Lettres réunis et les auteurs français, accompagnés de quelques figures de la vie littéraire, en perspective ? Mieux que ça.

Oh, il ne faut pas tous les mettre dans le même panier, ces auteurs qui soudain opèrent une levée de boucliers face aux protestations de ces professeurs : « Proposer de Gaulle aux élèves est tout bonnement une négation de notre discipline. Nul ne songe à discuter l'importance historique de l'écrit de De Gaulle : la valeur du témoignage est à proportion de celle du témoin. Mais enfin, de quoi parlons-nous ? De littérature ou d'histoire ? », interrogent-ils.

Et pour leur répondre, des Max Gallo, des Pierre Assouline, un Franz-Olivier Giesbert et même des Bernard Pivot ou un Michel Audiard... Pas vraiment des figures majeures de la littérature contemporaine - ni des auteurs qui auraient moins de 60 ans. Attention : il ne s'agit pas de racisme anti-vieux. Encore que. Simplement, les défenseurs du général et de ses écrits pour le bac littéraire ne comptent pas dans leurs rangs des Foenkinos, des Nothomb ni des Beigbeder.

L'arrière-garde meurt mais ne se rend pas

Alors, oui, Max Gallo a raison de rappeler que « le général de Gaulle fait partie des plus grands mémorialistes de notre histoire au même titre que le cardinal de Retz ou Saint-Simon ». Il est même possible que les protestataires n'aient pas lu Les Mémoires du général. Et l'Académicien d'ajouter : « Il a brossé dans son oeuvre des tableaux qui sont depuis longtemps entrés dans la littérature française. »

Mais on sent que la défense des écrits du général s'ancre désormais dans une querelle quasi des Anciens et des Modernes. Pour Assouline, même son de cloche : « De Gaulle est un écrivain. Et l'un des plus grands. C'est un monument. Personne n'a protesté quand Churchill a reçu le Nobel de littérature en 1953. Et pourtant, il a écrit ses Mémoires avec un atelier de 50 nègres ! »

Une polémique purement française ? Ou plus largement, des enseignants qui pointent indirectement que l'on pourrait trouver toute autre chose à étudier ? La matière littéraire dans les textes du général est-elle si forte que l'on se sente le besoin de l'intégrer au programme ? Pourquoi ne pas lui privilégier du Louis Ferdinand Céline dans ce cas ?

De Gaulle... on n'avait vraiment rien d'autre ?

En fait, se profile derrière les interventions de ces âmes bien nées et fort bien intentionnées, un enjeu plus grand : relire les Mémoires d'outre-tombe et placer celles de De Gaulle à côté est peut-être un poil délicat.

Et attribue peut-être au brave général un style, une verve et des qualités littéraires que l'on est en droit de contester... Après tout, n'est-ce pas aussi là le rôle d'un professeur de Lettres, que d'interroger la pertinence littéraire d'un auteur ? Et non l'apanage des auteurs que de pouvoir encenser l'un des leurs. D'autant que, prendre la défense du général, c'est plutôt bien vu, non ?