Des écrivains pédophiles en Angleterre : la culture de la peur

Clément Solym - 17.07.2009

Edition - Société - écrivains - pédophiles - Angleterre


Les écrivains sont-ils des pédophiles, s'interrogeait l'Angleterre qui souhaite prochainement soumettre toutes les personnes en contact avec les enfants dans des établissements scolaires, et les auteurs qui interviennent par conséquent, à une sorte de test de validation, à un test pour leur remettre un permis de fréquenter des enfants.

Entretenir la culture de la peur : ridicule et insultant

Anthony Horowitz, Philip Pullman et Michael Morpurgo font aujourd'hui partie des auteurs farouchement opposés à cette idée. Enregistrés dans une base de données validant qu'ils ne représentent pas un danger pour les enfants, les romanciers pourraient alors intervenir dans les écoles sans peine.

Pour Philip Pullman, qui fut le premier à lancer un cri d'alarme, cette décision est insupportable. « J'ai fait des visites dans des classes durant 20 ans et jamais je n'ai été seul avec un enfant. L'idée que je sois devenu une menace et que j'ai besoin d'être contrôlé est à la fois ridicule et insultante. » En outre, cela renforce « la culture de la suspicion, la peur et la méfiance qui sous-tendent une grande partie de la société aujourd'hui. On enseigne aux enfants qu'ils doivent considérer tous les adultes comme des violeurs ou des meurtriers ».

Regard vicié sur les auteurs, ou mal nécessaire ?

Une loi encore plus pernicieuse qu'elle vrille le regarde des jeunes sur les auteurs : « Un enfant qui admire un écrivain a une bonne opinion de lui comme être humain. Si vous dites, effectivement, que le type qui écrit ces livres pourrait être un pervers et que l'on doit le protéger de ce malade, alors je ne suis pas convaincu que ce soit un message des plus positifs », ajoute Anthony Horowitz.

Une chose qui n'est pas si évidente pour le children laureat, Anthony Browne. Pour lui, il faut une approche plus optimiste, et les écrivains n'ont pas spécialement besoin d'une dérogation. « Si toutes les personnes travaillant avec des enfants doivent être approuvées par les autorités, nous ne devrions pas être une exception. Il me paraît cependant étrange que nous ayons à payer pour cette inspection. »

Payer pour un papier inutile dans la protection de la jeunesse

Géré par l'Independent Safeguarding Authority, ce processus de contrôle sera également payant pour les auteurs, à la hauteur de 64 £, chose que certains voient comme une taxe déguisée, pour continuer à exercer leur travail. En effet, les auteurs sont rémunérés en Angleterre pour se rendre à des interventions dans les écoles...

Pour d'autres, en revanche, tout ce qui permet de proposer un moyen de protéger les enfants doit être mis en place. Gillian Cross défend ainsi cette idée : « Il est vrai que de nombreux enfants sont victimes de violence. Leur souffrance est réelle, et si ce contrôle peut éviter cela, je n'y suis pas opposé. »

Une solution bancale cependant, puisque les 64 £ payées fournissent simplement un papier attestant qu'après vérification du casier judiciaire, la personne n'a jamais été condamnée pour des motifs liés à des maltraitances sur enfant. Pas vraiment un remède, donc...