Des étudiants veulent faire de l'alphabétisation un droit constitutionnel américain

Antoine Oury - 25.11.2016

Edition - Justice - alphabétisation droits - alphabétisation enfants - droits constitutionnels États-Unis


C'est une histoire comme seuls les Américains peuvent en raconter : 7 étudiants des établissements de Detroit ont attaqué en justice le gouverneur de l'État, Rick Snyder, et les responsables de la politique relative à l'éducation pour manquements aux standards pédagogiques. Au passage, ils voulaient faire de l’alphabétisation un droit constitutionnel américain.

 

Read open the doors to a brighter future - Wynwood, Miami

(photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

C'est une équipe d'avocats spécialisée dans les affaires d'intérêt général qui s'était chargée de cette affaire peu commune : 7 élèves inscrits dans 5 établissements scolaires de la ville de Detroit, dans l'État du Michigan, attaquaient le gouverneur du Michigan et les responsables de la politique en matière d'éducation. Ils accusaient l'administration d'avoir exclu les jeunes habitants de la ville du système éducatif de l'État, en mettant en cause le manque de moyens et des équipements délabrés.

 

« Plutôt que la mise en place d'une politique pédagogique sensée, l'État fournit simplement des bâtiments — dont beaucoup sont délabrés — à des élèves qui y passent des jours et des années sans opportunités pour apprendre à lire ou écrire », expliquaient les avocats de Public Counsel, cabinet basé à Los Angeles.

 

Le cabinet avait même pour ambition d'inscrire le droit à l'alphabétisation au sein du 14e amendement de la Constitution américaine. Evan Caminker, avocat, espérait « apporter un nouvel éclairage et une nouvelle approche de la question de l'alphabétisation ». 

 

La plainte constituée en class action avait été déposée en septembre dernier auprès d'une Cour du Michigan.

 

Une tentative pour « détruire la gestion démocratique des écoles »

 

Les avocats de l'État du Michigan ont fait parvenir leur réponse à la Cour la semaine dernière, en demandant à l'avocat fédéral de rejeter une plainte qui cherche à « détruire la gestion démocratique des écoles », selon leur formulation. Timothy J. Haynes, dans son argumentaire de 62 pages, explique que les reproches formulés par les plaignants vont bien plus loin que le seul accès à l'éducation.

 

Parmi ces reproches, l'absence de professeurs, de livres, des bâtiments insalubres ou dangereux, autant d'éléments qui ne relèvent pas de la responsabilité de l'État du Michigan, rappelle Timothy J. Haynes. Autrement dit, la plainte est irrecevable, selon eux.

 

Les avocats des plaignants ont souligné que la réponse de l'État n'était pas surprenante et déplorent par ailleurs que celui-ci ne fasse pas mention des conditions dénoncées dans la plainte. « Le fait que la plupart des élèves aient du mal à accéder à des enseignants ou à des manuels n'est jamais évoqué. Nous parlons ici d'écoles dans lesquelles les membres de l'administration ou de la défense de l'État n'enverraient jamais leurs enfants » souligne Kathryn Eidmann, de Public Counsel.

 

La ville de Detroit reste l'une des plus pauvres des États-Unis, avec une dette publique qui s'élevait à plus d'un milliard $ cet été. Une aide exceptionnelle de 617 millions a été accordée il y a quelques mois, et 150 millions $ ont été investis dans un nouveau système scolaire public.

 

La plainte réclame à l'État du Michigan une évaluation précise et honnête du niveau d'alphabétisation des élèves et anciens élèves des établissements de Detroit, mais aussi de leurs dispositifs matériels disponibles pour les élèves.

 

Le juge fédéral doit désormais examiner les deux argumentaires et annoncera au mois de février 2017 si la plainte est recevable.

 

via Detroit News