Des généticiens ont daté la création de l'Iliade : 762 av. J.-C.

Clément Solym - 06.03.2013

Edition - International - Homère - datation - Iliade


Les épopées homériques comptent comme les textes fondateurs de l'Occident, accompagnées de nombreuses questions : Homère a-t-il existé, bien que tout porte à croire le contraire ? Quand est-ce qu'a réellement été publié l'Iliade, premier des deux tomes, avant l'Odyssée ? En appliquant de nouveaux outils d'analyses, il semble que cette question ait en tout cas trouvé une réponse.

 

 

 

 

Il aura fallu passer au crible les différences linguistiques, et des méthodes de statistiques phylogénétiques pour parvenir à décortiquer le texte. L'étude a comparé trois grands mouvements de langues, celle d'Homère, le grec moderne et le hittite ancien, pour établir des listes, explique Mark Pagel, théoricien de l'University of Reading in England.

 

Car si les langues se comportent, comme il le précise, de la même manière que des gènes, alors il serait possible de suivre l'évolution des termes, des graphies, des acceptions, et remonter le plus loin possible pour dater les textes d'Homère. 

 

Dans les années 40, Morris Swadesh, linguiste américain, a établi une liste de termes permettant de poser les bases d'une linguistique comparée et historique. Le principe était de retrouver des termes fondateurs, liés à la famille, à l'environnement, etc. Cet outil devait alors servir pour analyser une langue découverte et jusqu'à lors inédite, puis pour déterminer les liens entre deux langues. Par la suite, il était donc possible d'établir une chronologie dans l'évolution de la langue. 

 

C'est en s'appuyant sur ce système que les scientifiques ont décidé de faire parler l'Iliade : une comparaison entre les langues d'Homère, celle du hittite et le grec moderne. Tout un arbre phylogénétique aux multiples ramifications s'est établi, parvenant à établir que la date de création du texte pour 707 av. J.-C.. Et après de nouveaux recoupements, leur date définitive serait celle du 762 av. J.-C. - avec plus ou moins 50 années d'erreur. 

 

Or, le pan insolite de cette étude, c'est l'intervention, justement, de généticiens pour aider les linguistes à élargir leur spectre d'analyse. Pour Brian Rose, professeur de lettres classiques, et conservateur du département Méditerranée, au musée de l'University of Pennsylvania, il est peu probable qu'un homme nommé Homère ait écrit l'Iliade. La tradition orale semble plutôt remonter au XIIIe siècle av. J.-C.. « C'est un amalgame de nombreuses histoires, qui semblaient mettre l'accent sur les conflits, et tout particulièrement dans le nord-ouest de l'actuelle Turquie. »

 

Et sa rédaction n'est intervenue que bien des années plus tard. 

 

En mesurant la liste de Swadesh à leurs relevés, les scientifiques ont ainsi découvert 173 occurrences, qui se retrouvaient dans la liste, et ont examiné la manière dont les termes ont finalement évolué avec le temps. Une approche typique de l'étude génétique des êtres humains et de l'évolution des espèces. « Je suis un théoricien de l'évolution. J'étudie la langue parce que c'est un remarquable reflet de ce qui est culturellement transmis. Elle le reproduit avec une fidélité qui est tout simplement étonnante », ajoute Pagel.