Des Haïkus tirés depuis les tranchées de la Grande Guerre

Julien Helmlinger - 03.01.2014

Edition - International - Commémoration - Première Guerre mondiale - Dominique Chipot


Ce n'est pas parce que l'on campe sur ses positions, mal rasé sous son masque à gaz et baïonnette vissée au bout du canon, en pleine fureur belliqueuse, que l'on est étranger à la poésie, nous rapporte l'AFP à l'aube de la commémoration du centenaire de la Première Guerre mondiale. Le passionné Dominique Chipot, adepte du Haïku, a publié aux éditions Bruno Doucey une anthologie de ces brefs poèmes d'inspiration japonaise, rédigés par des poilus dans les tranchées de la Grande Guerre.

 

 

 

 

Son dernier livre, préfacé par Jean Rouaud, s'intitule En pleine figure, Haïkus de la guerre de 14-18, et vient mitrailler l'idée reçue qui voudrait que l'art du haïku, ces petits poèmes de trois lignes en 17 pieds, aurait été découvert dans l'Hexagone seulement après l'épisode de Hiroshima.

 

Selon le spécialiste Dominique Chipot, auteur de plusieurs ouvrages sur le Haïku, cet art serait apparu en France dès le début du XXe siècle, introduit par un certain Paul-Louis Couchoud, médecin et philosophe ayant voyagé au Japon, qui les aurait ensuite publiés dans des revues et autres plaquettes françaises.

 

Sur le front, en pleine Grande Guerre, les rangs des Poilus ont compté de jeunes poètes, qui ont mis à profit le code poétique japonais pour brosser leur tableau de l'horreur qui déchirait le monde d'alors. Des auteurs le plus souvent méconnus, mais dont les élans de poésie tragique auraient suscité l'admiration d'Apollinaire, de Max Jacob et autre Paul Eluard.

 

Des oeuvres rares et parfois inédites que l'éditeur présente comme des « projectiles, des éclats d'humanité, des brisures d'espoir, de peur ou de vie », et qui se retrouvent compilés pour la première fois. Ci-dessous, quelques extraits :

 

En pleine figure/La balle mortelle./On a dit: au coeur - à sa mère. (René Maublanc).

 

Cla, cla, cla, cla, cla.../Ton bruit sinistre, mitrailleuse,/Squelette comptant ses doigts sur ses dents. (Julien Vocance).

 

Un trou d'obus/Dans son eau/A gardé tout le ciel. (Maurice Betz).


En pleine figure, Haïkus de la guerre de 14-18, sur Chapitre.com