Des indépendants aux indépendants : à qui profite Amazon ?

Clément Solym - 08.01.2013

Edition - Economie - librairies indépendantes - auteurs autoédités - Amazon


Les indépendants ont tous profité d'Amazon, durant les fêtes : auteurs ou libraires, finalement, le géant de la vente sur internet a su mettre tout le monde d'accord. D'abord, parce que les ventes des premiers sont désormais assises sur les premières marches des meilleures ventes d'ebooks. Ensuite, parce que les seconds ont profité d'un retour des clients dans leurs établissements, pour la période des fêtes. Un vrai conte de Noël...

 

 

 

 

C'est le premier point qui retient l'attention : on savait que les auteurs indépendants représentaient une véritable force pour Amazon, qui dispose là d'un contenu parfois exclusif, et surtout, d'un véritable réservoir à talents. Eh bien, pour le Royaume-Uni, 15 % des meilleures ventes de livres dans le Kindle Store sont des ouvrages autoédités, a révélé la société. 

 

Et le haut du panier, c'est pour Nick Spalding, qui a été racheté pour un montant à six chiffres, en octobre dernier, par Hodder & Stoughton. Pour rester dans les chiffres, voici quelques résultats alléchants 

  • 61 auteurs ont vendu plus de 50.000 exemplaires de leur livre
  • 12 ont dépassé les 100.000 ventes
  • 50 d'entre eux gagnent plus de 50.000 £ par an
  • 11 dépassent les 100.000 £ annuelles

 

De quoi laisser rêveur, même si, cet inventaire, à la Prévert, ne doit pas faire tourner la tête. La réalité de l'autoédition n'est pas aussi souvent qu'on le lit dans la presse, ou les communiqués d'Amazon, une réelle source de revenus solides. Toutefois, la firme assure également que le lancement d'Amazon Premium, permettant le téléchargement gratuit d'un ebook, sous la forme de prêt numérique a connu un bel essor, avec des dizaines de milliers d'utilisateurs qui ont ouvert un pareil compte et, des millions de personnes, à travers le monde, qui ont reçu un Kindle. Ça, c'est pour la communication. 

 

Boycott payant

 

Mais restons chez les indépendants : en effet, suite à la campagne de boycott organisée par différents organes de presse, outre-Manche, les résultats commerciaux des librairies indépendantes ont été meilleurs durant les fêtes. À l'occasion du cyber-monday, journée consacrée, une fois de plus aux achats, ils ont préféré le commerce de quartiers aux pages internet des cybermarchands. 

 

Près de 50 % des libraires interrogées assurent avoir fait un meilleur chiffre d'affaires que l'année passée - de 1 à 2 % selon les répondants, et jusqu'à 10 % pour certains. Reste qu'un tiers n'a pas amélioré son chiffre et que moins de 25 % sont restés stables. Est-ce à la campagne de boycott réellement qu'ils doivent ce regain d'intérêt ? Difficile à dire, bien que la Grande-Bretagne a largement vécu au rythme des prises de position politiques, médiatiques et de diverses personnalités imaginables, qui ont clairement affirmé leur soutien aux indépendants, contre Amazon. 

 

Le directeur du magazine The Ethical Consumer, Tim Hunt, avait déclaré : « Nous lançons le boycott d'Amazon en réponse à la colère croissante du public en raison de l'évasion fiscale d'Amazon. En nommant ces alternatives qui paient leurs taxes, notre objectif est de mobiliser le pouvoir des consommateurs afin de faire payer à Amazon un taux de taxes équitable. Les clients pourraient peut-être bénéficier des prix bas d'Amazon, mais ces bonnes affaires se font au détriment de la diminution des services publics. Les recettes de l'imposition d'Amazon pourraient aider à financer les services publics actuellement supprimés. »

 

Ce dernier, au même titre que d'autres sociétés américaines, ne paye en effet pas de taxe dans le pays, entraînant une distorsion de concurrence. La question se pose également en France : quand le consommateur prendra-t-il conscience qu'il peut nuire à l'économie de son propre pays, en agissant de la sorte ?

 

 

 Pour approfondir

A la Courneuve, l'unique librairie lance un appel au secours

Les librairies victimes de l'évasion fiscale d'Amazon