Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Des instances nationales qui accompagnent la lecture en prison

Auteur invité - 12.08.2017

Edition - Société - prison livre lecture - publics empêchés lecture - CNL prison bibliothèques


Au sein du Centre National du livre, Stéphanie Meissonnier est adjointe au chef du département diffusion. Elle est en charge des bibliothèques, de l’action territoriale et internationale. Et par conséquent, elle s’occupe également du dispositif de diffusion du livre pour les publics empêchés, avec Hélène Roguet. Donc de la place du livre en prison.


Alcatraz Prison
Alexander C. Kafka, CC BY ND 2.0

 

 

Si le CNL accompagnait déjà les bibliothèques des établissements pénitentiaires, le dispositif de diffusion du livre en bibliothèque a été réformé en 2015, à la demande de la ministre de la Culture, pour mieux toucher les publics éloignés et empêchés. « La principale différence, c’est que nous sommes passés d’un dispositif centré sur les aides à la création de fonds documentaires ou de fonds thématiques, à une aide aux projets. » 

 

Il s’agit de projets de qualité, associant des professionnels des bibliothèques, visant à acquérir des collections de livres adaptés aux besoins du public ciblé et proposant des opérations de valorisation de ces fonds.

« L’acquisition de collections reste obligatoire, et les actions de médiation et d’animation doivent y être liées. Le dispositif correspond mieux aux attentes des bénéficiaires, surtout quand on sait que, jusqu’en 2014, il fallait fournir une liste exhaustive des ouvrages et que ceux-ci restaient cantonnés aux champs documentaires que le CNL soutient à la publication.

Aujourd’hui, le dispositif s’est assoupli, il n’est plus nécessaire d’acheter des livres soutenus par le CNL, et seule une liste de 20 % des titres doit être produite. Les champs documentaires se sont ouverts aux romans contemporains, aux dictionnaires, méthodes de langue et livres pratiques, qu’ils soient sur support imprimé, numérique ou adapté. 
»

Une commission spécialisée publics empêchés et éloignés de la lecture se réunit deux fois par an pour examiner les projets. Elle associe des bibliothécaires, des chargés de mission régionaux, des associations, des éditeurs spécialisés, et examine en particulier la vitalité des partenariats présentés entre le réseau de lecture publique et la bibliothèque. 
 

Les critères d’appréciation sont ainsi établis : la qualité et l’ampleur du projet ; la cohérence entre les collections et le public visé ; la qualité du programme de médiation ; la compétence et la formation des équipes ; la pérennité des actions ; le rapprochement avec le réseau de lecture publique local. 
 

L’accès au livre dans les prisons dépend « d’une véritable volonté politique »


Le soutien varie de 30 à 70 % du budget de chaque opération, et peut aller de 500 à 50 000 euros. Les budgets les plus importants concernent des projets régionaux regroupant plusieurs établissements. « Mais une aide de 1 000 euros oblige déjà une bibliothèque à solliciter un financement complémentaire de la part de l’administration pénitentiaire, et souvent un soutien de la bibliothèque départementale ou municipale, ou de mutualiser avec d’autres établissements.

Depuis la réforme, on voit se développer des fonds thématiques qui concernent la citoyenneté, les élections, la parentalité. Les propositions répondent mieux aux demandes des détenus, notamment en matière de livres pratiques et d’ouvrages faciles à lire. C’est très intéressant.

Il y a aussi une demande en fonds jeunesse, pour que les détenus puissent lire avec leurs enfants, quand ils leur rendent visite. Il y a des projets très forts. Par exemple, en Région Paca, les Histoires vraies, un travail sur les récits de vie, réalisé avec des auteurs et traducteurs littéraires à partir des langues d’origine des détenus.
 » 
 

Lire en prison : reconnaître un “droit à la lecture” pour chaque personne


Les actions de valorisation permettent de promouvoir les interventions d’auteurs, de la rencontre à l’atelier d’écriture ou de BD. S’ajoutent la prise en charge de la formation des auxiliaires de bibliothèque et la sensibilisation des professionnels.

À signaler que les personnes visées sont toutes celles qui sont sous main de justice, donc non seulement les détenus des établissements pénitentiaires, mais également les personnes placées en centre de semi-liberté ou dans les établissements pour mineurs. 

 

par Gérard Alle

 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne