Dès le XIIe siècle, l'Âge d'or islamique a produit sa science-fiction

Julien Helmlinger - 18.03.2015

Edition - International - Science-fiction - Histoire - Âge d'or islamique


La période s'étalant entre le VIIIe siècle et le milieu du XIIe correspond à l'Âge d'or islamique, ère qui a vu la culture scientifique arabe prendre son essor depuis Damas avec la traduction et la critique d'ouvrages de l'Antiquité. Outre les découvertes et redécouvertes qui agitèrent alors les domaines des mathématiques, de la médecine ou encore de l'astronomie, certains des premiers récits de science-fiction seraient apparus dans ce monde musulman en pleine expansion.

 

 

Illustration de couverture d'une réédition du livre de Ibn Tufail 

 

 

Ainsi, les origines du registre littéraire remonteraient bien avant la publication en 1818 du Frankenstein de Mary Shelley, qui serait considéré plus tard par certains critiques comme le premier roman de science-fiction. C'était notamment le diagnostic de l'écrivain Brian Aldiss, qui notait que pour la première fois un auteur écrivit un récit fantastique ne relevant pas de la pure fantaisie ou du surnaturel, mais qui se basait plutôt sur les découvertes scientifiques de son temps, à renfort de spéculation sur un possible futur.

 

Cet argument n'a cependant jamais mis tout le monde d'accord, et d'autres observateurs évoquent quant à eux des livres comme Utopia de Thomas More, Histoire comique des États et Empires de la Lune signé Cyrano de Bergerac, ou Micromégas de Voltaire, parmi d'autres titres pointés comme faisant partie des œuvres précurseuses de la science-fiction occidentale. Plus ancien encore en Orient, le récit imaginaire des Histoires vraies (titré aussi parfois L'histoire véritable), de Lucien de Samosate, auteur né en province romaine de Syrie, jetait certaines bases de la S-F dès le IIe siècle.

 

Cette œuvre attribuée au rhéteur et satiriste Lucien de Samosate raconte l'histoire d'un voyageur qui est transporté par jet d'eau sur la Lune, où il rencontre des sociétés et formes de vie étranges, mais si l'on n'y trouve guère de références scientifiques. Au rang des livres de science-fiction publiés pendant cette période de l'Âge d'or islamique, on pourrait notamment citer le Hayy ibn Yaqdhan signé du philosophe du XIIe siècle Ibn Tufail, histoire d'un garçon élevé seul sur une île par une gazelle, qui développe l'empirisme et l'investigation scientifique par l'observation pure.

 

Au cours de ce même XIIe siècle, en réponse à l'ouvrage de Ibn Tufail, fut également publié le livre Al-Risalah al-Kamiliyyah fil Siera al-Nabawiyyah, connu en occident sous le titre Theologus Autodidactus, par le médecin Ibn al-Nafis. Celui-ci raconte également les aventures d'un personnage vivant seul sur une île déserte, mais en incluant des notions théologiques autant que scientifiques. Son titre en latin répond directement à celui, occidental, donné au livre de Ibn Tufail : Philosophus autodidactus.