Des lettres de caractères : l'Imprimerie Nationale et son patrimoine

Antoine Oury - 13.09.2013

Edition - Les maisons - Imprimerie Nationale - exposition - Le Livre sur la Place


L'exposition a directement fait le trajet entre New York et Nancy : l'Imprimerie Nationale a déplacé quelques-uns de ses plus belles pièces à l'occasion du Livre sur la Place. La ville fête sa Renaissance, et les objets rassemblés dans la préfecture prennent une symbolique d'autant plus forte : c'est au XVIe siècle que l'art de la typographie a vu le jour. 

 

 
Poinçons d'arabe des Quatre Évangiles, corps 30, gravés par Robert Granjon pour l'Imprimerie des Médicis, Florence, XVIe siècle.
 
 

Didier Trutt, PDG de l'Imprimerie Nationale, n'est pas peu fier d'annoncer que l'exposition sera présentée par Nelly Gable, un des derniers maîtres artisans poinçonneurs du monde, qui est donc une femme. Ce sont 250 pièces qui sont présentées à la Préfecture de Meurthe-et-Moselle, pour la plupart inédites. « De passage à Paris, des Chinois y ont même redécouvert des caractères de leur langue, oubliés depuis le XIXe », raconte le PDG.

 

Créée en 1538 par François 1er (sous le nom « Imprimerie du Roi pour le Grec »), l'Imprimerie Nationale porte toujours la salamandre du souverain en guise de logo, mais a dû sérieusement revoir les services à proposer à la société, passage au numérique oblige. Désormais, une grande part de ses activités est tournée vers la numérisation de caractères, la phototypie ou l'impression des nouvelles cartes d'identité françaises.

 

La première création marquante dans le domaine de la typographie remonte aux années 1530, avec le Garamond latin, une police tout aussi révolutionnaire que légendaire. Aucune version n'a survécu aux années, et celle de l'Imprimerie Nationale est en fait signée Jean Jannon, qui avait mis au point une copie.

 
 
Poinçon d'un B corps 120. Poids : 6 kilos
 
 

Dès 1692, cette référence est abandonnée au profit d'une autre : le Roi étant le Roi, Colbert exigea qu'une police spécifique soit utilisée par l'Imprimerie Royale. Les ingénieurs travaillent d'arrache-pied, utilisant le nombre d'or ou la physionomie pour tenter de trouver la police parfaite. C'est Philippe Grandjean qui devancera ses collègues, et sa police sera l'officielle du Roi. Une petite marque sur le « L » l'atteste.

 

Outre ses 2 polices, 5 autres sont exclusives à l'Imprimerie Nationale :

  • Le Jaugeon, encore sous Louis XIV
  • Le Luce sous Louis XV
  • Le Didot millimétrique de Napoléon 1er
  • Le Marcellin-Legrand de Charles X
  • Le Gauthier, créé dans les années 1970
 
Le plan de travail du typographe : poinçons, matrices, et plombs portant les caractères