Costa Concordia : le livre du commandant, refusé en librairies

Nicolas Gary - 07.07.2015

Edition - International - Costa Concordia - Francescho Schettino - naufrage paquebot


Depuis le 11 février dernier, le commandant du Costa Concordia a été condamné à 16 années de prison. Francesco Schettino a été reconnu responsable du naufrage du paquebot, entraînant la mort de 32 personnes, en janvier 2012. Homicide et naufrage, les juges de Grosseto, en Toscane, auront divisé sa peine de prison par deux. Et de toute manière, le « capitaine couard » a choisi de faire appel. Et surtout, pour appuyer sa demande, il a décidé d’écrire un livre, lequel ne passe pas bien du tout dans une librairie du pays.

 

Striking pictures from the Costa Concordia accident, Giglio, Italy 2012, February

European Commission, CC BY ND 2.0

 

 

« Cette librairie ne vend pas le livre de Francesco Schettino », peut-on lire sur la vitrine de l’établissement italien, Libreria Marradi. Christiana Marradi, qui dirige l’établissement situé au centre de Livourne avec son père, refuse catégoriquement d’en entendre parler. « Quand j’ai appris qu’il allait sortir un livre, je suis restée bouche béee. Et j’ai décidé de prendre mes responsabilités. Je me refuse à vendre le livre d’un si triste sire. »

 

Et d’ajouter : « C’est un type qui devrait rester dans l’ombre et ne pas se faire de publicité au détriment des victimes du Concordia. »

 

Le livre, Schettino avait tout de même eu le courage de l’annoncer publiquement, en assurant qu’il écrirait la vérité, et surtout, que les familles méritaient de savoir ce qui s’était passé. « Le livre raconte mon histoire, et les actes du procès, minute après minute », assure-t-il. Le verità sommerse, ou Les vérités submergées est un pavé de 600 pages, qui ressemble tout de même à un fameux plaidoyer de la défense. 

 

A 25 ans, la jeune libraire fait actuellement la Une des médias italiens. « Certains clients nous ont dit qu’il était inutile de mettre une affiche pour le signaler, puisque personne ici n’allait acheter le livre. Mais dans les faits, ce n’est pas ainsi que cela se passe : autour de pareilles tragédies, se découvre souvent une curiosité morbide. Pensons simplement à tous ceux qui ont fait des photos autour de l’épave... »

 

Heureuse que nombre de citoyens pensent comme elle, la libraire conclut : « Je voulais simplement ne pas avoir à répondre à la question de savoir si je vendais le livre de Schettino. S’il avait écrit sur la météo ou toute autre chose, il n’y aurait pas eu de problèmes. Mais un livre sur les vérités du Concordia, c’est une provocation et un manque de respect vis-à-vis des naufragés, de la part de celui qui, au contraire, devrait chercher à se faire oublier. » (via Il Tirreno)

 

 

Or, le mouvement a fait des émules : à Loane, une autre libraire choisit de suivre ce boycott, et emboîte le pas à sa consœur. « J’ai décidé de ne pas le conserver, parce que je ne veux pas aider à focaliser l’attention sur quelqu’un de pareil », promet Carla Bruno, propriétaire de la librairie Loa Libri. 

 

« Je suis une libraire indépendante. Peut-être encore l’une des rares de la région. En tant que tel, j’ai instauré avec mes clients une certaine confiance. Je les connais individuellement, et cela me permet de leur conseiller des livres, qui vont à la rencontre de leurs goûts. Cette liberté m’autorise aussi à briser le moule et éviter de me soumettre à la loi du marché en offrant les seuls livres qui sont à la mode, les coups éditoriaux ou les best-sellers de l’édition les plus commerciaux. » 

 

Moralité, le commandant ne trouvera pas non plus ici asile pour son ouvrage. Mais ce n’est pas fini. (via IVG)

 

La librairie Centofiori est la dernière en date à avoir dit non au livre de Schettino. Or, le précieux ouvrage semble avoir malgré lui profité de cette vague de boycott. Il semble que des bibliothèques qui ont cherché à le commander, à Savona, se sont retrouvées avec un éditeur qui leur répondait : plus de stock. 

 

Selon le triste adage qui dit qu’il vaut mieux une mauvaise presse que pas de presse du tout ?