Des livres anciennement interdits remportent un franc succès à Tripoli

Lauren Muyumba - 29.04.2013

Edition - International - Libye - Kadhafi - Tanwir


Le premier Festival du Livre d'Occasion de Tripoli, capitale lybienne, s'est tenu trois jours durant au Martyrs Square. Du 21 au 23 avril 2013, des livres de tous genres et tous horizons confondus étaient exposés : romans lybiens et occidentaux, livres d'histoire, de géographie, de philosophie, de cuisine, de poésie...

 

 

Une édition du Coran, présentée durant la Foire

crédit Foire du livre de Tripoli

 

 

Toute la culture qui avait été volontairement mise dans l'ombre sous Kadhafi, ressurgit à la lumière. Les 60 bénévoles et organisateurs, pour la plupart déjà actifs au sein d'organisations culturelles, ont posté des messages sur Facebook et collés des affiches dans les rues pour réussir à recueillir 7000 livres. L'idée a été insufflée par l'association culturelle de jeunes libyens nommée Tanwir (éclairage, instruction, en arabe), avec l'appui du ministère de la Culture et de l'Association libyennes des libraires.

 

Le slogan ? « Donne à ton livre une seconde vie ». Le succès auprès des visiteurs a été beaucoup plus important que prévu. Le nombre de livres vendus a été tel que les donateurs civils prévoient déjà de réunir encore plus de livres la prochaine fois.

 

L'auteur libyen Ahmed Nasr se souvient du temps où un concours littéraire pour jeunes auteurs avait été annulé en 1969, année où Mouammar Kadhafi est arrivé au pouvoir par un coup d'État. Il n'oublie pas non plus la création de l'Organisme libyen pour la créativité, l'édition et la diffusion en 1974 qui engendrait encore plus de contrôle; ni les universitaires qui n'étaient pas encouragés à lire. 


L'indifférence politique face à la culture semble appartenir à un passé révolu. Du moins, le peuple est libre de prendre les choses en main puisque cet évènement culturel est le fruit d'une volonté citoyenne. « Du temps de Kadhafi, les livres ne parlaient que de la Révolution verte, du panarabisme ou de l'union africaine », raconte Abdullah Alwoshesh à France 24 le blogueur du réseau Libyablog. D'après lui,  15 000 oeuvres se sont vendues le premier jour du festival.


Un étudiant en histoire, autre témoin de la censure installée durant plus de quarante ans, a rapporté à Reuters qu'auparavant « certains livres étaient interdits parce qu'ils racontaient la véritable histoire de la Lybie. Khadafi ne voulait pas cela. Aujourd'hui, j'achète des livres de ce genre ».

 

Nizar Abudayna, l'un des organisateurs, insiste sur la dimension non commerciale de l'évènement : « Il ne s'agit pas de faire du business, nous voulons encourager la lecture ». Autrement dit, permettre une ouverture sur le monde à travers l'accès à la connaissance. Les auteurs affiliés à l'ancien régime n'ont pas été mis de côté. Aucune censure n'a été désirée pour offrir une réelle diversité culturelle. 

 

Les choses bougent depuis la guerre civile de 2011 qui destituait définitivement Khadafi. Un an plus tôt, en avril 2012, le Festival International de Poésie était inauguré à Tripoli, et le premier Salon du Livre ouvrait ses portes en juillet. Fin janvier 2013, la Lybie était l'invitée d'honneur du 44e Salon du Livre du Caire. Les écrivains libyens ont pu témoigner des nombreuses embûches posées sous le régime de Kadhafi. La révolution culturelle est en marche.