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Des livres de pensée 'Habad menacent les relations Russie-USA

Clément Solym - 11.09.2012

Edition - Justice - Loubavitch - Etats-Unis - Russie


Une communauté juive du quartier de Brooklyn, à New York, avait convaincu le juge Royce Lamberth, de la Cour de district, que l'affaire devait être plaidée. Mais l'administration Obama vient de poser son veto : pas question de fournir une ordonnance du tribunal pour que des livres et autres documents historiques soient rendus. Et moins encore que l'on inflige une amende à la Russie, où lesdits documents sont actuellement retenus. 

 

 

Siège du mouvement Habad-Loubavitch 770, à Brooklyn

 

 

En matière de politique étrangère, l'art et la culture interviennent régulièrement, pour assouplir des relations tendues. Or, dans le cas présent, avec la Syrie en ligne de mire, des sanctions judiciaires contre la Russie seraient tout à fait contraires aux intérêts de la géopolitique actuelle, et surtout, en contradiction avec la législation américaine. 

 

Moscou-Washington, une sorte de long courrier

 

L'école ‘Habad estime pourtant qu'une véritable dette existe, concernant des dizaines de milliers de manuscrits et de livres religieux, dont certains ont plus de 500 ans. Ils contiendraient la base de l'enseignement des traditions de ce groupe religieux, et seraient donc détenus arbitrairement dans la Bibliothèque d'État de Russie et dans les archives militaires. Or, en 2010, il avait été ordonné au gouvernement russe de les restituer, en présentant les ouvrages à l'ambassade américaine de Moscou. 

 

Bien entendu, il n'en fut rien. La Russie ne reconnaît en effet pas l'autorité américaine dans ce contexte, et considère que la collection de livres constitue une part du patrimoine national russe. Ce qui a d'ailleurs amené le pays à cesser de prêter le moindre de ses trésors culturels aux Américains, de crainte qu'ils ne soient retenus en otages.

 

Pourtant, le juge Royce Lamberth, en charge de l'affaire, est connu pour ses amendes s'élevant parfois à plusieurs millions de dollars, distribuées à des gouvernements étrangers, hostiles au pays, ou ayant nui aux citoyens américains. Et l'an passé, il avait accordé la permission à l'obédience Loubavitch de demander la saisie des biens russes, par les États-Unis. 

 

À ce jour, l'astreinte qu'il a proposée s'élèverait à 25.000 $ par jour de refus. Pour Yevgeniy Khorishko, porte-parole à l'ambassade russe de Washington, la législation américaine ne dispose pas de la portée nécessaire pour contraindre son pays de la sorte. Qui plus est, la décision de 2010 pourrait tout à fait être révoquée par ces mêmes tribunaux qui l'ont rendue, ou d'autres organes administratifs, explique-t-il au Wall Street Journal

 

Tensions géopolitiques à éviter de toute urgence

 

Dans cette affaire, il est question de deux collections de 12.000 ouvrages religieux et manuscrits, saisis durant la révolution bolchevique et la guerre civile russe, et de 25.000 pages manuscrites et autres écrits de chefs religieux, que l'Allemagne nazie avait confisqués durant la Seconde Guerre mondiale. L'Armée rouge s'était, par la suite, emparée de ce butin. 

 

Le ministère de la Justice, qui a refusé la demande de sanctions financières contre la Russie, estime en effet que ce projet est contraire au Foreign Sovereign Immunities Act. Par cette loi, il est interdit à un tribunal d'imposer le respect d'une ordonnance pour un bien immobilier que détient un État étranger, sur son propre territoire. Mais surtout, afin de ne pas attiser la colère russe et « d'éviter de porter atteinte aux intérêts de la politique étrangère des États-Unis », mieux vaudrait que les ‘Habad s'assoient sur leur demande. 

 

D'ailleurs, tout gouvernement serait en droit de refuser la demande du tribunal. « Une pareille ordonnance risquerait de provoquer d'importantes critiques de la communauté internationale, et irait à l'encontre des droits d'États souverains, dans ce cas ou dans un autre », poursuit le DoJ. 

 

Rendez-vous fin septembre

 

Mais les ‘Habad n'ont pas dit leur dernier mot : dans un communiqué, ils considèrent que le DoJ cherche à entraver leur juste démarche, et assurent qu'une réponse officielle sera formulée dans le courant du mois. On attend donc la décision finale du juge dans cette affaire, et le porte-parole de l'ambassade espère « que la justice américaine ne prendra pas une décision qui entrerait, de façon si flagrante, en violation du droit international à l'immunité souveraine ». 

 

Le Rabbi Yossef Cunin, membre de la communauté Loubavitch, se rend au Département d'État chaque mois pour tenter de trouver une solution. Selon lui, l'histoire antisémite de l'époque soviétique et tsariste avant elle, est toujours vivante. Les Russes avaient d'ailleurs lancé des pogroms contre les juifs. « Ils ont besoin de se repentir. Une des façons de le faire est de rendre cette bibliothèque. Ils n'ont que faire de ces livres. »