Des livres LGBT censurés provoquent l'ire des écrivains

Julien Helmlinger - 10.05.2014

Edition - International - Censure - LGBT - Etats-Unis


Plus tôt cette année, aux États-Unis,  les autorités l'État de Caroline du Sud suggéraient une coupe de 70.000 dollars aux dépens des budgets de deux universités qui mettaient à la disposition de leurs élèves des livres traitant de l'homosexualité. Dans la foulée un certain nombre de professionnels du secteur de l'édition avaient réagi, en rappelant que le but de l'enseignement est d'ouvrir les esprits des étudiants. Dénonçant la censure, ils appelaient en conséquence à publier davantage de titres sur les thèmes gay-friendly de la même manière qu'on protégerait une espèce animale menacée. La liste des militants s'allonge à travers le pays.

 

 

 

 

Sont concernés le College of Charleston, après avoir suggéré Fun Home de Alison Bechdel, roman graphique autobiographique à propos du coming-out de l'auteure, ainsi que l'University of South Carolina. Cette dernière donne des cours sur Out Loud: The Best of Rainbow Radio, une collection d'histoires radiophoniques traitant de l'homosexualité. Ces choix thématiques ayant été jugés pornographiques et contraignants pour la jeunesse, l'Etat aura estimé qu'une réduction de 70.000 dollars se justifiait à l'échelle des deux établissements.

 

Tandis que la question était mise au débat au sein du Sénat de l'État, cette semaine et sera remise sur le tapis la semaine prochaine puis votée, des écrivains se sont rallié à la bannière multicolore des défenseurs des droits LGBT aux quatre coins des États-Unis. Parmi eux, on dénombre notamment deux lauréats du Pulitzer : Richard Ford et Junot Díaz, qui dénoncent les « abrutis dans l'Assemblée législative de Caroline du Sud », ou encore Ann Patchett et Emma Donoghue.

 

Pour l'auteur de Gone Baby Gone, Dennis Lehane , « seuls les imbéciles et les enfants moyens ont peur de la liberté d'expression et de l'équité pour tous ». Son pair Junot Díaz a quant à lui expliqué qu'il rejoignait la cause « parce que la censure est l'ennemi originel de l'artiste et d'une société démocratique. Parce que nos soi-disant dirigeants devraient financer notre système universitaire, et non pas censurer. Parce que sans les artistes LGBT quel espoir chacun d'entre nous aurions-nous ? Et parce que la nation juste nous méritons n'est pas celle que les politiciens essaient de forcer en Caroline du Sud ».

 

Pour ce qui concerne Richard Ford, l'auteur estime que d'un côté on pourrait se rassurer car « la censure ignorante de ce genre ne fonctionne pas sur le long terme », tout en pointant que ce qui est décourageant c'est que « les abrutis dans la législature de Caroline du Sud n'ont pas encore compris cela ». Anne Patchett, qui a déjà tenu des conférences par climat sulfureux autour de ses mémoires intitulées Truth and Beauty, a tenu à rappeler que « la liberté académique est une affaire sérieuse », et que « nous avons tous besoin de nous lever pour ce qui est juste ».

 

Le sentiment partagé est que les législateurs auraient toujours cherché des prétextes pour réduire les budgets de l'enseignement et qu'il leur aurait été plus facile de taper sur une cible minoritaire. Pourtant, ces contenus ne seraient pas pointés comme pornographiques, et s'ils s'adressent à un public adulte, il serait dommage d'oublier que les étudiants concernés sont eux aussi des adultes. (via TheGuardian)

 

Dans un registre plus léger, on tombe parfois sur de véritables perles de mauvaise foi dans la communication diabolisante visant toutes sortes de « déviances ». Une vidéo représentant des extraits de conférence menée par un groupe homophobe d'Ouganda avait suscité quelques hilarités sur la toile dernièrement. Des petits malins en ont repris les discours pour les coller sur des images Star Wars, nous démontrant combien la mauvaise propagande peut faire de l'excellente parodie sans trop d'efforts scénaristiques. Certains comiques s'ignorent. À découvrir ci-dessous, je déconseille aux âmes trop sensibles toutefois, c'est le côté obscur, de la force :