Des manuscrits médiévaux qui brouillent la frontière entre encre et peinture

Julien Helmlinger - 21.11.2014

Edition - International - Manuscrit médiéval - Illustration - Enluminure


Erik Kwakkel est historien du livre au sein de l'université de Leiden, et partage sa passion à l'égard des manuscrits médiévaux sur son blog : Medieval Books. Le spécialiste nous rappelle que ces ouvrages d'un autre temps ne sont pas faits que de mots, mais aussi d'illustrations, et que si les deux éléments sont généralement distincts on peut toutefois admirer des œuvres qui brouillent la frontière entre encre et peinture. Les lettres se font parfois images.

 

 

 

 

À cette époque où le livre constituait un bien rare et luxueux, réservé aux élites, la pratique visant à mélanger le textuel et le décoratif était courante. Cela va des simples lettrines jusqu'aux concepts plus créatifs, qui voient la disposition des mots de phrases entières prendre des formes plus ou moins figuratives. 

 

Pour Erik Kwakkel, les Évangiles de Lindisfarne feraient partie des plus impressionnants héritages livresques du début du Moyen-Âge. Le manuscrit daterait des environs de l'an 700 et aurait été produit sur les côtes du Northumberland, à Lindisfarne. Une pièce qui constitue un témoignage de l'art hiberno-saxon, à la croisée de la culture anglo-saxonne du sud de l'Angleterre et celles irlandaises.

 

Une écriture au pinceau plutôt qu'à la plume, illuminée de peintures parfois richement dorées.

 

L'illustration est parfois destinée à être lue au sens propre, cas plus rare que l'on retrouve notamment dans une édition carolingienne de l'Aratea de Cicéron, au IXe siècle. Cette dernière mélange dessin, données d'astronomie et texte, le tout en un. Des points rouges marquent les positions d'étoiles, la silhouette animalière du texte livre le nom de la constellation, tandis que des mots remplissent la forme.

 

Cette fois ce sont les illustrations qui se trouvent dépeintes à l'encre, plutôt qu'à la plume.

 

De telles représentations de constellations se retrouvent également dans l'œuvre Astronomica signée Hyginus. Orion s'y trouve représenté par un lièvre, quand la constellation du Cygne ressemble à un oiseau.

 

Au cours du Xe siècle, la pratique de la micrographie se serait également invitée dans le registre de la Torah, mais certains leaders hébraïques allaient la condamner au XIIIe siècle.

 

Au XIIIe siècle, le mélange des lettres et des dessins s'est enrichi d'écriture musicale, notamment dans le Codex de Chantilly, un recueil de chants polyphoniques de compositeurs français. Plus tard, les poètes de la Renaissance ne bouderaient pas cette forme d'écriture, eux aussi.