Des médias d'Iran offrent 600 000 $ pour la mort de Salman Rushdie

Clément Solym - 22.02.2016

Edition - International - Salman Rushdie - Iran fatwa - récompense journaux


Lors de la dernière Foire du livre de Francfort, l’Iran avait décidé d’un boycott général : la présence de Salman Rushdie en tant qu’invité d’honneur, et chargé du discours inaugural, était une insulte pour le pays. Et depuis quelques heures, la fatwa lancée contre le romancier est relancée : quarante médias iraniens se sont regroupés pour offrir une récompense de 600.000 $. 

 

Iranian Publishers - Frankfurt Buchmesse 2015

Sur le stand de l'Iran, durant la Buchmesse 2015 - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

« Les responsables ont choisi pour thème la liberté d’expression, mais ont invité quelqu’un qui a insulté nos croyances (...). Les insultes de Salman Rushdie et de certains caricaturistes sont une violation de la liberté d’expression », déclarait l’Iran, en octobre 2015. « L’invitation d’un auteur qui insulte les croyances sacrées de plus d’un milliard de musulmans au prétexte de la “liberté d’expression” à la conférence de presse de la Foire de Francfort est une violation de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme », affirmait un panneau, posé sur le stand de l’Iran.

 

600.000 $ de mieux pour une mise à mort...

 

Au cours du week-end, on a ainsi appris que quarante médias avaient collecté plusieurs milliards de rials, pour augmenter la prime pour la mort de Rushdie. En tout, une cagnotte de 600.000 $ est proposée, annonce qui coïncide avec l’anniversaire de la fatwa que lançait l’ayatollah Khomeini, fondateur de la République islamique.

 

Bien entendu, les quarante médias sont contrôlés par l’État : depuis février 1989, le pays célèbre le triste 27e anniversaire du décret juridique mettant à mort l’auteur des Versets sataniques. L’ancien président, Mohammad Khatami avait pourtant déclaré en 1998 que la fatwa était officiellement levée. 

 

Pourtant, en 2012, l’Iran avait rappelé que la mise à mort de Rushdie était toujours à l’ordre du jour. Le pays ajoutait en effet 500.000 $ de récompense, aux 2,8 millions $ déjà proposés. 

 

Et encore, début 2015, un représentant du pouvoir religieux, Mohsen Gharavian qui confirme la menace : « Salman Rushdie est un mercenaire de l’arrogance mondiale... Des années se sont écoulées depuis que Khomeini a pris cette décision, mais le décret est toujours valable et en vigueur, et personne d’autre que le Velayat-e faqih [sorte de procureur général juridico-religieux, incarné par Khomeini, NdR] n’est en mesure de l’annuler. »  

 

Rushdie, originaire d’Inde, avait dû fuir en Angleterre pour échapper aux menaces, et durant des années fut placé sous la protection de la police, vivant dans la plus totale clandestinité. Salman Rushdie avait quitté l'Inde en 1987, après le tournage d'un documentaire. Il écrit dans ses mémoires, en évoquant son alter ego clandestin : « Il ne le savait pas encore, mais c'était le début d'un long exil. »

 

En décrivant les impacts de tous les malheurs l'ayant frappé, depuis l'interdiction de son livre et jusqu'à la condamnation à mort par l'ayatollah Khomeini, l'écrivain confie : « Les blessures infligées par l'Inde étaient les plus profondes. »

 

L’agence Fars présente la liste des quarante médias impliqués dans cette nouvelle décision. Elle-même a décidé d’abonder à ce fonds lugubre, à la hauteur de 30.000 $.


Pour approfondir

Editeur : Plon
Genre : littÉrature...
Total pages :
Traducteur : gérard meudal
ISBN : 9782259214858

Joseph Anton. Une autobiographie

de Salman Rushdie

Le 14 février 1989, le jour de la Saint Valentin, Salman Rushdie reçut un coup de téléphone d'un journaliste de la BBC : il avait été« condamnéà mort » par l'Ayatollah Khomeiny. C'était la première fois qu'il entendait le mot « fatwa ». Son crime ? Avoir écrit Les Versets sataniques, un roman accusé d'être « contre l'Islam, le Prophète et le Coran ». Ainsi commence l'extraordinaire histoire d'un écrivain obligé de devenir un clandestin, changeant sans cesse de domicile, sous la protection permanente d'une équipe de protection policière armée. Quand on lui demande de se choisir un pseudonyme à destination de la police, il songe aux écrivains qu'il aime et essaie des combinaisons de leurs noms ; puis l'idée lui vient : Conrad et Tchekov - Joseph Anton. Comment un écrivain et sa famille traversent-ils neuf années sous une menace de meurtre perpétuelle ? Comment continuer àécrire ? À vivre des histoires d'amour ? Quels effets le désespoir a-t-il sur sa pensée et son action, comment et pourquoi flanche-t-il et comment apprend-il à se relever et à se battre ? Telle est l'histoire que Salman Rushdie raconte pour la première fois à travers ces remarquables mémoires - l'histoire d'une des plus importantes batailles pour la liberté d'expression de notre époque. Il dit ici les réalités parfois cruelles, parfois comiques d'un quotidien sous surveillance armée, et les liens très forts qu'il tisse avec ses protecteurs ; il dit aussi sa lutte pour gagner le soutien et la compréhension des gouvernements, des chefs des services de renseignements, des éditeurs, des journalistes et de ses collègues écrivains, il dit encore son combat acharné pour retrouver sa liberté. C'est un livre d'une franchise et d'une honnêteté exceptionnelles, saisissant, provocant, émouvant, et d'une importance vitale. Car l'histoire de Salman Rushdie n'est que le premier acte d'un drame qui continue de se dérouler chaque jour quelque part dans le monde.

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