Des mesures fiscales en faveur des nouveaux écrivains (Ian Rankin)

Clément Solym - 16.01.2012

Edition - Economie - fiscalité - Ian Rankin - jeunes écrivains


Éditeurs déconnectés ou mal connectés, internet potentiellement destructeur... voilà des éléments que Ian Rankin n'a pas manqué de bien percevoir. Raison pour laquelle le créateur de l'inspecteur Rebus, bien installé dans le paysage éditorial aujourd'hui souhaite voir la création de mesures fiscales allant dans le sens des jeunes auteurs.

 

« Si vous voulez donner une chance aux jeunes auteurs, alors une mesure fiscale représente un commencement », explique-t-il à l'occasion d'un festival portant sur les premiers romans, qui se déroulait en Irlande.

 

Dans le pays, depuis la législation de 1997, les auteurs gagnant 40.000 € sont exonérés d'impôts. Un régime fiscal particulier qui a été plafonné pour éviter que des grands noms, et de gros revenus, de l'édition, ne décident de se délocaliser en Irlande. C'est ainsi le cas de Michel Houellebecq, pour exemple, comme d'autres. 

 

C'est que les risques que prennent les maisons, sur de nouveaux talents de la littérature, ne sont pas des moindres. On préfère assurer les noms déjà installés, pour lesquels la communication se fait à moindre coût que de lancer un ou une petit(e) jeune pour lequel tout reste à faire.

 

Cela dit, avec en parallèle les fermetures multiples de librairies, et la domination grandissante d'Amazon, pour les maisons, la situation n'a plus rien de simple. Car les nouvelles pousses de l'édition pourront amplement préférer une commercialisation directe, avec leurs propres moyens que de tenter d'être refoulés à la porte des maisons.

 

Dans l'idée où une mesure fiscale s'inscrirait en leur faveur, peut-être leur serait-il alors plus doux de revenir vers l'édition traditionnelle ? Le pari est à prendre. Mais dans tous les cas, le contexte actuel nécessite des changements.

 

C'est qu'internet est toujours à double tranchant, souligne Rankin. « Il est plus facile que jamais de faire en sorte que vos textes soient vus par le public, mais il est plus difficile que jamais d'en vivre. Regardez ce que les éditeurs versent pour les nouveaux auteurs... moins que ce qu'ils versaient voilà 20 ans. »

 

La crise, ma bonne dame, autant que le manque de curiosité des lecteurs : les nouveaux romans ne se vendent pas, ou peu, et les nouveaux entrants sur le marché sont prêts, pour être lus, à commercialiser leurs textes pour 99 pennies. 

 

Voilà une vingtaine d'années, l'avance offerte à un auteur tournait autour de 10.000 £, alors qu'aujourd'hui, précise Kate Pool, de la so british Society of Authors, ce serait plutôt entre 1000 et 3000 £. Ainsi, près de 75 % des écrivains gagnent moins de 20.000 £ chaque année, et 46 % moins de 5000 £, rapporte le Guardian

 

Difficile de ne pas céder au chant des sirènes et de l'auto-édition dans ces conditions.