Des millions de livres bradés lors de la Seconde Guerre mondiale

Julien Helmlinger - 11.09.2014

Edition - International - Seconde Guerre mondiale - Industrie de l'édition - Discount - prix du livre


Les Alliés sur le front de l'alphabétisation et de la diffusion de la culture. Au cours de l'année 1933, à l'approche de la Seconde Guerre mondiale, les partisans d'Adolf Hitler se sont découvert une passion destructrice pour les autodafés, visant à lutter contre l'esprit non allemand en brûlant du papier. Par opposition 10 ans plus tard, en plein conflit, l'industrie de l'édition américaine a quant à elle fait le pari de remplir les poches des troupes avec des livres vendus au rabais. Selon Yoni Applebaum, qui enseigne la littérature et l'histoire au sein de l'université de Harvard, les éditeurs de auraient ainsi bradé en 4 ans quelque 122.951.031 d'exemplaires.

 

 

 

Les forces armées américaines, réparties sur tous les fronts du conflit à la fin de la guerre, ont ainsi réceptionné des bouquins aux quatre coins du globe. Et plutôt que de ne répondre qu'à la seule demande explicite des lecteurs, les éditeurs du pays ont collaboré pour leur offrir le plus large choix possible et ainsi encourager les Américains à fonder une nation de lecteurs. Si l'initiative audacieuse a pu effrayer certains professionnels contemporains, l'opération aurait néanmoins été couronnée de succès.

 

D'après certains rapports datant de 1931, la lecture était encore un luxe aux États-Unis d'avant-guerre. Des États américains déploraient encore n'avoir aucune librairie sur leur territoire. Ainsi dans les zones les plus rurales, le lecteur devait parfois commander ses bouquins via un catalogue de vente à distance, voire se résigner à d'autres occupations. Sans compter que la très large majorité des titres sérieux, qui se vendait alors à plus de 2 dollars l'exemplaire, coûtait cher par rapport au pouvoir d'achat moyen.

 

Souffrant d'une notoriété bien moindre chez les intellectuels, il existait également une offre de publications aux tarifications plus abordables comprenant les feuilletons, mystères, westerns et autres comics que l'on trouvait en kiosques. Mais voilà qu'en 1939, année où Hitler envahissait ses voisins, Pocket Books et Penguin Books s'occupaient quant à eux d'investir les présentoirs à magazines avec un nouveau type de format : l'alternative de poche, à couverture souple et prix discount. 

 

De la concurrence pour les pin-ups sur le front

 

En l'espace d'une seule année, les Américains s'en seraient procuré quelque 6 millions d'exemplaires, de ces livres qui étaient souvent des rééditions. Un peu plus tard, en cette année 1943 où allait débuter le projet d'envoi de livres aux troupes, l'éditeur Pocket Books en aurait écoulé 38 millions à lui seul. En février, le Conseil des livres en temps de guerre allait proposer son idée révolutionnaire, celle de fournir des titres à ses troupes pour seulement 6 cents l'exemplaire.

 

Une idée qui n'allait pas sans contraintes techniques et idéologiques. Il aura fallu adapter les formats à un faible coût de production. Ce qu'allait permettre l'impression via une presse à magazines. Les éditeurs ont imprimé deux pages de bouquin par page de magazine, qu'il n'y avait plus qu'à découper. Sur le front les soldats allaient consommer des feuilles de papier bas de gamme parfois jusqu'à leurs effritements. Au final, l'effort patriotique appliqué au secteur de l'édition contribua ainsi à l'essor de l'industrie d'après-guerre.

 

Pour en apprendre davantage, l'article de Yoni Applebaum est publié dans The Atlantic.