Des mots créés par Roald Dahl ajoutés à l'Oxford English Dictionary

Antoine Oury - 16.09.2016

Edition - International - Roald Dahl anniversaire - Roald Dahl vocabulaire - Roald Dahl dictionnaire


Depuis le début du mois, le Royaume-Uni est en liesse pour célébrer le centenaire de la naissance de Roald Dahl, et l'Oxford English Dictionary, référence des dictionnaires anglophones, s'est joint à la fête en ajoutant quelques-uns des célèbres vocables créés par l'auteur.

 

Roald Dahl.jpg
Roald Dahl en 1954, par Carl Van Vechten (domaine public, Library of Congress)

 

 

La mise à jour du mois de septembre de l'English Oxford Dictionary comprend quelque 1000 nouvelles entrées, et les plus remarquables sont celles qui ont attrait à l'œuvre de l'auteur de Charlie et la Chocolaterie. Une partie des vocables imaginaires de Roald Dahl avait déjà été intégrée au dictionnaire de référence de la langue anglaise, mais la liste s'enrichit à l'occasion du centenaire de sa naissance.

 

On retrouvera ainsi les définitions des néologismes frightsome, scrummy, scrumptious, splendiferous et splendiferousness, qui viendront s'ajouter aux désormais célèbres schnockombres et délexquisavouricieux (scrumdiddlyumptious en VO), qui bénéficient dans cette édition d'une chronologie des usages dans l'œuvre de Dahl ou ailleurs.

 

Car c'est aussi l'héritage de l'écrivain britannique qui est salué dans l'EOD : l'adjectif Dahlesque obtient aussi sa définition, avec une première occurrence en 1983 qui notait la « délectation Dahlesque dans le bizarre » d'une œuvre. Le dictionnaire revient aussi sur une autre création de Roald Dahl, les Gremlins, apparus dans le livre du même nom, publié en 1943. Il s'agissait du premier livre pour enfants de Dahl, qui bénéficia d'une seconde jeunesse avec le film de Joe Dante en 1984. Le nom des créatures semblait provenir de l'argot utilisé par les pilotes de la RAF pour désigner les avaries qui touchaient les avions, mais le mot remonterait en réalité à 1929 : il désignait alors une personne soumise, un larbin en quelque sorte.

 

L'enquête linguistique menée par l'EOD révèle des éléments assez étonnants quant à l'évolution des vocables et de leur signification : le mot dahlesque scrumptious remonterait ainsi à 1823, dans l'Est-Anglie, une région à l'Est de l'Angleterre. Les colons britanniques l'auraient exporté aux États-Unis, où il aurait adopté le sens de « petit », puis de « pointilleux » et « scrupuleux », avant de signifier, dans une acception familière, « attirant » pour une personne, ou « délicieux » pour de la nourriture. Difficile de dire si Dahl avait ces occurrences en tête lorsqu'il utilisa le terme, mais les échos lexicaux résonnent de manière cocasse.

 

À lire aussi : Schnockombres, délexquisavouricieux... Parlez-vous le Roald Dahl ?

 

Quant au ticket d'or qui offre à Charlie l'occasion de visiter la Chocolaterie de Willy Wonka, il permettait en réalité à un peintre et à 5 de ses compagnons d'entrer à volonté dans les Jardins de Vauxhall, un parc d'attractions aménagé aux XVIIe et XVIIIe siècles, qui proposait aux visiteurs de déambuler dans de fausses ruines ou des pavillons chinois tout en écoutant des concerts en arrière-plan. En échange de ce ticket d'or, le peintre s'engageait à représenter les jardins.

 

D'autres entrées du dictionnaire observent, plutôt que l'origine de mots, leurs usages postérieurs : les si bons ouvriers et chanteurs, les Oompa Loompas, peuvent ainsi désigner quelqu'un qui a abusé de l'autobronzant, son teint orangé rappelant ainsi la couleur de peau des petits bonshommes dans l'adaptation du conte de Dahl par Mel Stuart en 1971...

 

 

D'autres entrées, sans rapport avec Dahl, ont été ajoutées à l'Oxford English Dictionary, comme « YOLO », l'acronyme de « You Only Live Once » (« On ne vit qu'une fois »), utilisé pour justifier un comportement de tête brulée. Si l'acronyme remonte à 1996, sa forme étendue est apparue pour la première fois dans une traduction en anglais du Consin Pons d'Honoré de Balzac...