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Des Nobel pour une charte internationale des droits numériques

Nicolas Gary - 10.12.2013

Edition - International - surveillance des internautes - données personnelles - signatures


On compte déjà plus de 500 signataires, dont cinq lauréats du Nobel de littérature — Orhan Pamuk, J.M. Coetzee, Elfriede Jelinek, Günter Grass et Tomas Tranströmer. Auteurs, intellectuels, personnalités politiques, écrivains, tous demandent que cessent les abus en matière de surveillance sur la toile et que l'on protège les données. Hanif Kureishi, Björk, Arundhati Roy, Don DeLillo, Ian McEwan, Tom Stoppard, Margaret Atwood ou Martin Amis, autant de noms prestigieux, aux voix puissantes, qui se rassemblent.

 

 

 Surveillance Camera at Calexico Port of Entry

Les autoroutes de l'information, sous surveillance

CBP, CC BY SA 2.0

 

 

Que cessent la surveillance pratiquée par les agences de renseignements, les espionnages de communications numériques et que l'on établisse une loi des droits numériques, voilà la demande des signataires, adressée directement aux Nations Unies. Ils sont originaires de 81 pays différents, à réclamer une charte internationale des droits numériques, qui consacrerait la protection des droits des internautes, rapporte le Guardian.

 

Bien entendu, ce rassemblement fait suite aux nombreuses fuites dans la presse des comportements totalitaires des agences américaines, mais également au lendemain d'une lettre ouverte adressée par les grandes sociétés de high-tech (Apple, Google, Microsoft et Facebook), à Barack Obama. La pétition suivra donc cette lettre, accusant tout autant leurs États respectifs d'avoir abusé de leurs pouvoirs pour effectuer une surveillance intrusive et massive. 

 

Les signataires réclament le droit de « passer inaperçu » et le retour du droit fondamental, aujourd'hui bafoué par les nouvelles technologies, d'avoir des opinions, de les partager, sans qu'un État ne le sache. « Une personne sous surveillance n'est plus libre. Une société sous contrôle n'est plus une démocratie. Pour maintenir leur réalité, nos droits démocratiques doivent s'appliquer dans l'espace virtuel. »

 

 

"Récemment, la technologie a offert une solution, à laquelle on ne peut pas résister, qui implique une surveillance de masse qui aurait estomaqué Orwell."

 

 

Tous exigent le droit, pour les personnes, de déterminer dans quelle mesure « leurs données personnelles peuvent être collectées, stockées et traitées », en appellent les auteurs. « La surveillance, c'est le vol. Toute donnée n'est pas un bien public, elle nous appartient. Quand elle est utilisée pour prédire notre comportement, nous sommes dépouillés de quelque chose. Le principe de la libre volonté est essentiel à la liberté démocratique. » 

 

Pour McEwan, sollicité par le Guardian, le Leviathan qu'est l'État préfère toujours la sécurité à la liberté. « Récemment, la technologie a offert une solution, à laquelle on ne peut pas résister, qui implique une surveillance de masse qui aurait estomaqué Orwell. Ce processus est inexorable - sauf si l'on y résiste. Évidemment, nous avons besoin de nous protéger du terrorisme, mais pas à n'importe quel coût. »

 

La déclaration des signataires est lancée ce 10 décembre, à travers 27 pays, depuis le site Change.org, et les organisateurs invitent tout un chacun à signer cette pétition. 

 

Jo Glanville, de l'English Pen explique qu'il faut une pression internationale sur les gouvernements de tout pays, pour faire reculer l'invasion de la vie privée. « Les signataires de l'appel présentent une mesure du niveau d'indignation et d'inquiétude. » 

 

De son côté, Eva Menasse, l'une des auteures allemandes qui a initié le projet, dans une lettre ouverte adressée à Angela Merkel, lorsque les premières révélations de l'affaire Snowden sont survenues, assure : « Quand nous nous sommes lancés, nous ne savions pas comment nous pourrions y parvenir. Mais de plus en plus de collègues nous ont rejoints au cours des dernières semaines, alors que nous étions assis devant nos ordinateurs jour et nuit, utilisant nos réseaux pour toucher le plus de monde possible. Cela a commencé comme une initiative entièrement personnelle, mais aujourd'hui, c'est un soutien du monde entier.  »

 

La pétition est à trouver à cette adresse.

 

On y retrouve par exemple Frédéric Mitterrand, Philippe Djian, ou encore Jean Mattern, Catherine Millet et Jonathan Littell.