Des oeuvres inédites dans l'héritage colossal de Salinger

Nicolas Gary - 02.02.2019

Edition - International - Salinger oeuvres inédites - écriture roman Salinger - héritage littéraire Salinger


Matt Salinger, fils de l’écrivain, vient de rendre espoir à des millions de lecteurs : si JD Salinger avait cessé de publier à partir de 1965, il était peu probable qu’il ait arrêté d’écrire. Mort en 2010, il avait laissé quantité d’archives, dont on soupçonnait qu’elles puissent contenir des trésors. Son fils confirme, le matériel ne manque pas, mais « ce sont des brouillons». 

Day 033/365 - Salinger
Jöshua Barnett, CC BY 2.0


C’est un reportage de 2013 qui avait instillé le doute : on parlait de cinq nouvelles œuvres inédites à paraître d’ici 2020, mais pour l’heure, rien. JD Salinger n’a effectivement jamais cessé d’écrire, explique son fils : il « débordait d’idées et de réflexions, il conduisait la voiture et pouvait s’arrêter pour écrire quelque chose tout en se moquant de lui-même. Parfois il me le lisait, parfois non. Et à côté de chaque fauteuil, il y avait un carnet de notes ».
 

Un peu de patience : l'entreprise est colossale


Mais alors, pourquoi rien n’est encore sorti ? Réponse simple : « Ce n’est pas prêt. » Si le père avait confié à son fils la tâche de tout réunir et de mettre en forme, le travail considérable que cela représente prend un temps infini. « Ce fut un homme qui a écrit durant 50 ans sans publier : cela représente beaucoup de matériel. Aussi n’y a-t-il aucune réticence ni protection : quand ce sera prêt, nous le diffuserons. »

Il faut imaginer, indique le fils, des quantités de pages dactylographiées sur les machines Underwood et Royal qu’affectionnait Salinger. Mais des feuillets qui sont autant de fragments, comme il les appelait, et pas nécessairement le fil rouge pour tous les regrouper.

Depuis 2011 que Matt planche sur ces documents, il se rend compte — et surtout, n’avait pas réalisé à l’époque — à quel point cette édition des textes ressemble aux écuries d’Augias. Pour autant, confie-t-il, la lecture de ces textes est particulièrement émouvante, comme autant de conversations prolongées avec son père. « Il n’est pas mort, pour moi. »
 

Le mythe... n'avait rien de si fantastique


Et dans le même temps, une pression s’instaure… la responsabilité vis-à-vis du texte, de la mémoire de son père, autant que des lecteurs qui le découvriront. « Je ne prends pas cela à la légère. Je ne dois pas d’excuses, je ne crois pas, mais vos lecteurs devraient savoir que nous allons aussi vite que nous le pouvons », assure-t-il au Guardian.

On n’en saura pas plus, le mystère Salinger est une affaire de famille, méticuleusement instauré par le père. Pourtant, ce désir de préserver sa vie privée n’avait rien de si étrange : « Il a simplement décidé que la meilleure des choses à faire pour son travail était de ne pas avoir beaucoup d’interactions ave les gens, et ceux du monde littéraire en particulier. Il ne voulait pas entretenir ces jeux de poker, uniquement, comme il aurait encouragé tout jeune auteur à le faire, macérer dans son propre jus. » Au point d’être capable de ne pas parler durant plusieurs jours.
 
D’ailleurs, les textes montrent bien que l’écrivain était parti à la recherche d’autre chose que celle produite dans L’Attrape-cœurs. En janvier 2016, le livre avait été réédité en France, chez Robert Laffont, son éditeur originel, dans la collection Pavillons Poche, traduit par Annie Saumont. 
 

Héritage, exposition et préservation


La prochaine étape sera l’exposition qui doit se tenir à la New York Public Library, en octobre prochain. Matt Salinger est en train de choisir les éléments qui seront présentés au public : manuscrit, photos, objets, lettres. En revanche, il est ferme sur l’avenir : pas de produits dérivés : « Il n’y aura jamais de vodka Salinger. »

La remarque n’est cependant pas anecdotique : une procédure juridique avait été lancée en 2014 contre les ayants droit, la J.D. Salinger Literary Trust. En effet, un éditeur avait très marketinguement annoncé la publication d’inédits — en réalité, des textes connus, mais oubliés.

Devant le succès grandissant, l’éditeur s’était fait tirer les oreilles par les héritiers, qui voulaient l’empêcher de vendre les droits des trois nouvelles. La maison avait alors porté plainte pour entrave à la publication, avant de laisser tomber son action. Le contrôle de ce qui est fait de l'oeuvre devient donc fondamental, pour Matt Salinger.

Or, ce sont les mots qui priment. Ainsi, « quand mon père a dit que tout ce qu’il y avait à raconter est dans son œuvre, croyez-le, c’est le cas ». Et pour le lecteur averit, les œuvres qui viendront seront tout ce qu’il y avait d’important à savoir.


Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.