Rencontres de la traduction franco-néerlandaise à Paris

Claire Darfeuille - 03.06.2015

Edition - International - traduction - littérature étrangère - Pays-Bas


Les traducteurs littéraires, principaux médiateurs de la circulation des livres, étaient les premiers invités des rencontres professionnelles organisées par l’ambassade des Pays-Bas en France, le Fonds des Lettres néerlandais et leurs partenaires français (CNL, ATLF, BIEF) pour renforcer les échanges entre les acteurs du monde du livre des deux pays.

 

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Michel Volkovitch, Rosie Pinhas-Delpuech, Olivier Mannoni, Patrick Maurus et Christophe Mileschi 

 

Une table ronde animée par le directeur de l’École de Traduction Littéraire (CNL-Asfored), Olivier Mannoni, entouré de quatre traducteurs de renom, Rosie Pinhas Delpuech, Patrick Maurus, Michel Volkovitch et Christophe Mileschi, a inauguré ces rencontres professionnelles qui se poursuivent jeudi 4 juin au CNL.

 

Traduire la littérature dans le monde d’aujourd’hui

 

« Peut-on remplacer les traducteurs par des machines ? », la question d’Olivier Mannoni a d’emblée retenu l’attention des traducteurs rassemblés à l’ambassade des Pays-Bas à Paris pour débattre du thème « Traduire la littérature dans le monde d’aujourd’hui ». Si l’outil informatique a grandement facilité la tâche du traducteur, aucun logiciel ne semble pour le moment en mesure de rivaliser avec la part de création qui entre dans l’écriture d’une traduction.

 

« J’aime mon ordinateur autant que mon stylo », explique Rosie Pinhas-Delpuech, traductrice du turc et de l’hébreu, « mais aucune machine ne pourra remplacer toutes les connexions qui s’opèrent lorsque l’on traduit, ces interactions entre tout ce que j’ai lu, ce que je suis, ce que l’auteur a lui-même lu, etc. ». Michel Volkovitch, traducteur du grec contemporain et éditeur, observe toutefois que les ordinateurs sont devenus « meilleurs que l’homme aux échecs » et n’exclut pas l’hypothèse que, dans 200 ans, ils puissent accomplir un travail de traduction.

 

Cette perspective est immédiatement balayée par Christophe Mileschi, qui objecte, d’une part, que « le nombre de déplacements aux échecs n’est pas infini » et, d’autre part, que « la machine, contrairement au traducteur, ne souffre pas, qu’elle n’a aucun doute », élément inhérent à toute traduction. « Le texte, comme les humains, ne sait pas où il va », renchérit Rosie Pinhas-Delpuech, qui n’imagine pas que l’ordinateur ne puisse jamais « traduire les incertitudes et les tâtonnements ».

 

Du reste, « en quels termes dire à la machine ce qu’est la littérature ? », interroge plus avant Patrick Maurus, traducteur du coréen et du chinois. Abyssale question soumise aux informaticiens. Il revient sur l’histoire de la traduction, depuis l’époque des Belles infidèles, où était pratiquée « une cuisine lamentable pour acclimater le texte », jusqu’aux 30 dernières années au cours desquelles le métier s’est professionnalisé et la réflexion sur sa pratique et ses enjeux développée. Il y a quarante ans, remarque-t-il, régnait encore « le français d’éditeur », soit un lissage du texte pour le rendre plus fluide, lequel sévit encore ponctuellement…

 

Olivier Mannoni rappelle le rôle essentiel joué par le CNL dont les aides à la traduction sont un apport financier indispensable. Leurs attributions, sous condition du respect d'un tarif plancher de rémunération des traducteurs, contribuent ainsi largement à encourager les bonnes pratiques auprès des éditeurs. Enfin, s’il est encore peu de lecteurs qui choisissent un livre en fonction du traducteur, « la conscience qu’il y a un intermédiaire grandit », assure-t-il, une reconnaissance allant de pair avec une « exigence accrue ».

 

Joutes de traduction franco-néerlandaises

 

Deux joutes de traduction autour d’un texte de Dany Laferrière et d’un texte d’Esther Gerritsen et une brillante intervention sur la spécificité de la traduction théâtrale de Alain van Crugten, professeur émérite à l’université de Bruxelles, écrivain, traducteur et dramaturge, ont ensuite illustré les joies et les affres de tout travail de traduction.

 

Au cours de cette soirée, le conseiller culturel de l’ambassade, Bart Hofstede, a annoncé une présence renforcée de la littérature néerlandaise au Salon du livre et invité les participants à signer le Manifeste de Paris. Celui-ci encourage une connaissance mutuelle et une coopération accrue entre la France et les Pays-Bas afin de « développer durablement les parts du marché des deux pays ». Une ambition qui, selon ce manifeste, se réalisera grâce, notamment, à « un climat propice pour les traducteurs, leur formation et les aides financières à la traduction ».