Des ouvrages islamistes en vente libre, Cazeneuve sollicité

Cécile Mazin - 22.08.2014

Edition - Justice - ouvrages djihad - islamisme vente - supermarchés Cazeneuve


C'était à la fin du mois de juillet que la polémique a démarré. Les supermarchés français étaient peuplés de livres faisant l'apologie du djihad, ou incitant à punir les hérétiques. Entre les cahiers de vacances, pour passer un été studieux, et ces titres, plus de 1000 grandes surfaces du pays proposaient ces titres. Pas très sérieux ? En tout cas, un peu douteux. 

 

 

 

L'idée résultait d'une opération spécifique menée par la maison d'édition libanaise, Albouraq, dont le directeur, Mansour Mansour, se félicitait de la réussite. Un des ouvrages, écrit par Abu Bakr Al-Jaza'ri, avait fait figure de bouc émissaire : La voie du musulman était pointé du doigt, comme symptomatique des thématiques décriées.

 

« À l'occasion du ramadan, Carrefour a proposé dans quelques magasins une sélection d'ouvrages de la littérature religieuse musulmane [...] Cette offre de livres est vendue par les plus grandes enseignes et n'a jamais fait l'objet d'une quelconque interdiction », se dédouanait Carrefour. 

 

Pour le ministère de l'Intérieur, les œuvres présentaient « un contenu salafiste classique [...] pour l'instant, il n'est pas certain qu'il soit pénalement répréhensible ». Une enquête était toutefois ouverte par la place Beauvau, soucieuse des emplettes des Français, durant la période estivale. 

 

Des pétitions avaient en effet fusé, l'une d'entre elles demandant que l'on respecte l'État laïc 

Nous demandons amicalement à CARREFOUR de retirer de ses rayons toute incitation à la violence religieuse. Nous demandons fermement à CARREFOUR le respect de la laïcité, qui permet à chacun de vivre ses convictions sans menaces. Nous demandons clairement à CARREFOUR de retirer de ses rayons toute publication qui incite au racisme religieux et à l'intolérance. Nous demandons à CARREFOUR de publier une charte de déontologie vis-à-vis des consommateurs, qui se sentent agressés par une politique du tout-profit.

 

Quelques 17.000 signatures plus tard, la polémique est enterrée, ou presque, l'éditeur n'avait pas été plus embarrassé que cela : « C'est désolant qu'on qualifie ce livre de manuel de parfait jihadiste [pour] deux ou trois pages qui prêtent à contestation ». Et d'ajouter : « On publie tous les courants musulmans, ça ne veut pas dire que nous validons. Nous sommes éditeurs, nous ne sommes pas là pour censurer. Notre travail, c'est transmettre et diffuser. »

 

Le député Patrice Verchère avait pourtant estimé qu'il y avait là peut-être plus qu'un simple problème de diffusion des savoirs. Il avait en effet interpellé le ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve : « Ainsi, il semblerait que des ouvrages, au premier abord anodins, vendus dans des grandes surfaces présentes sur tout le territoire, appellent clairement à la guerre sainte, voire pour certains au meurtre des non-musulmans. »

 

Et de rappeler au ministre que des ouvrages tombant sous la loi du 1er juillet 1972 « relative à la lutte contre le racisme [...] peuvent ainsi faire l'objet de condamnations ». Des précautions bienvenues, puisque l'on ne sait toujours pas de quoi il en retourne, sur la nature même des ouvrages commercialisés. La question est de savoir si le gouvernement « entend s'appuyer sur la loi pour empêcher la parution de tels ouvrages et faire condamner leurs éditeurs, mais aussi sensibiliser la grande distribution sur le risque qu'elle encourt à vendre de tels ouvrages sans vérification de leur contenu ».

 

Contacté par ActuaLitté, le ministère de l'Intérieur n'était pas disponible pour nous apporter plus de précision sur l'avancée de l'enquête.