Des paysages et des hommes : Claude Le Gall, sur les traces

Auteur invité - 17.07.2017

Edition - Société - Claude Le Gall - photographie celtes bretagne - paysages hommes liens


Claude le Gall a beaucoup écumé la Bretagne et les pays celtiques, photographiant des communautés rurales dont les modes de vie allaient bientôt se transformer. Sa capacité à capter la relation entre l’être humain et le paysage reste sa marque de fabrique.


 

 

Claude le Gall est né à Plouescat, dans le Léon. « Un petit village côtier devenu depuis station balnéaire. » Dans cette famille d’artisans, rien ne semblait le prédisposer à devenir photographe. « Mais quand même, j’avais cette manie, depuis tout petit, de collectionner les images que l’on trouvait, par exemple, dans les plaquettes de chocolat. »

Quand il obtient son brevet, en 1962, ses parents lui offrent un appareil photo en bakélite. « Il se trouve que j’avais un ami américain qui venait en vacances à Plouescat, dans les années soixante. Il faisait le tour de la Bretagne en scooter. Quand il m’a montré les photos qu’il avait faites en 24x36, avec son reflex Yashica, ça m’a fasciné. Le premier appareil que je me suis payé, c’est grâce à ce que j’ai gagné en piquant la rouille sur les bateaux, quand j’étais étudiant, à Brest. J’admirais cet appareil tous les jours en passant devant la vitrine du magasin Briard, en bas de la rue de Siam. »

Devenu prof d’anglais, Claude Le Gall est muté à Carhaix. « J’avoue qu’il a fallu que je regarde sur une carte, pour savoir où ça se trouvait. Pour un Léonard, à l’époque, c’était chez les Rouges. » C’est pourtant aux États-Unis que Claude Le Gall va réaliser sa première grande série de photos, en 1971, lors d’un voyage dans les Grandes Plaines. De retour au pays, il complétera un travail entamé en 1969, sur les goémoniers de la baie de Kernic, dans son Léon natal, intitulé Bro va zad (Le Pays de mon père).

« Je ne me rendais pas vraiment compte que je photographiais les derniers jours d’une activité humaine, sinon j’en aurais fait plus. C’étaient des gens que je connaissais, pour la plupart, ou qui avaient connu mon père. Depuis, tout a changé : le mode de vie, la population. Il y a même un casino ! » Suivent des travaux personnels en Irlande, à partir des années quatre-vingt, pendant quinze années, qui donneront Being Irish, un livre publié en Grande-Bretagne, et apporteront à Claude Le Gall un début de notoriété. Une Irlande essentiellement rurale, avant le boum économique des années quatre-vingt-dix. Une Irlande à l’état brut, pluvieuse, boueuse, aux visages sublimes, aux scènes étonnantes, observées à distance. 

 

Puis ce sera l’exposition Visions de Bretagne, à la galerie Canon, à Paris, puis au Centre atlantique de la photographie, à Brest, entre goémoniers et villages du Centre Bretagne, entre Monts d’Arrée et Montagnes noires, entre pardons et festoùnoz, un monde lui aussi en pleine mutation. Claude explore également la Galice, où il se rend pour la première fois en 1986, pour photographier la procession de cercueils, lors de la romeria de Santa Marta de Ribarteme, fasciné par un culte des morts qui lui rappelle des rituels de chez lui. Il collabore à l’agence Vu pendant vingt ans, après que son mentor, Christian Caujolle, a vu son travail et décidé de le distribuer.

En Angleterre, Claude a photographié les derniers ramasseurs de charbon sur les plages, du côté de Newcastle. À Brest, il a arpenté de multiples fois le port, la nuit, quand on pouvait encore entrer partout. On y voit se dresser les grues, comme une réminiscence de son enfance, celle de la reconstruction de la cité du Ponant, après les bombardements. Plus récemment, il a parcouru la Pologne, s’intéressant notamment aux manifestations religieuses. 
 

« La photo a beaucoup évolué, avec beaucoup moins de place dans la presse et avec la prédominance de la photo contemporaine avec mise en scène, ou de l’abstrait. C’est pas mon truc. Je ne suis pas forcément attiré par le reportage, non plus, mais plutôt par des photos comme celles d’Alex Webb, de chez Magnum. Et il est vrai, aussi, qu’il serait aujourd’hui difficile de faire des photos comme dans les années quatre-vingts. Les gens se méfient, quand ils voient approcher un appareil. »

Son truc, à Claude Le Gall, on l’aura compris, c’est l’humain. « Oui, l’humain dans son paysage. Ou alors, la vie et la mort, les traces que l’être humain laisse dans son environnement. » 
 

J’ai fini par m’apercevoir qu’il y avait un point commun dans mes travaux photographiques : l’envie de fixer sur la pellicule les traces de modes de vie en train de disparaître. 

 

Adepte du noir et blanc et de l’argentique, Claude s’est converti difficilement au numérique, et la couleur a pris place dans ses travaux. Une couleur discrète, comme retenue, qu’il a toujours traitée, mais qui restait dans ses cartons, jusqu’à l’arrivée du scanner. Retraité de l’Éducation nationale, il met de l’ordre dans son œuvre, sa collection de quarante ans de clichés, et continue dans la même veine.

« Même si ce n’est plus tellement à la mode. En France, en tout cas. En attendant, je classe mon travail par séries. Sur la Bretagne, la Galice et l’Angleterre, j’ai des maquettes de livres à disposition. Mais j’ai du mal à trouver un éditeur en France. En Angleterre, c’est plus facile pour moi. À Liverpool, chez Bluecoat Press, j’ai un nouveau projet de livre sur les terres “celtes” (Bretagne, Galice, Irlande, Pays de Galles) qui devrait prendre forme en 2018, et peut-être à l’avenir un travail en noir et blanc sur l’Angleterre du nord-est. » 


Retrouver son site Claude Le Gall

Bro va zad : Pays de mon père – Claude Le Gall – Skol Vreizh – 9782911447815 – 16 €

Gérard Alle
 

en partenariat avec Livre et lecture en Bretagne