Des publications laborieuses pour l'Oxford English Dictionary

Julien Helmlinger - 03.02.2014

Edition - International - Oxford English Dictionary - Nouvelle édition - Dictionnaire


Typique de l'ère victorienne, l'idée de compiler tous les mots de la langue anglaise pour en faire un dictionnaire est certainement laborieuse, et même pour les éminentes gens de lettres à barbes blanches qui s'y attelaient autrefois. Si la prochaine mouture de l'Oxford English Dictionary est annoncée en retard, elle actualisée à l'ère du numérique, avec pour nouveau rédacteur en chef Michael Proffitt. En marge, le passé refait surface.

 

 

 

 

Pour occuper des spécialistes, rivés face à des écrans plats jusqu'en 2037, il doit y avoir du boulot. Si la première édition officielle du célèbre dictionnaire est parue en 1928, en réalité elle avait déjà été proposée en 1858 et aurait dû être achevée en une seule décennie. Au final, il aura fallu 70 ans pour venir à bout du défi et voir l'Oxford English Dictionary enfin imprimé.

 

Une édition qui allait être suivie par la publication d'une seconde en 1989, et enfin l'annonce de la troisième en 1994. Si cette dernière publication était à l'origine espérée pour 2005, celle-ci aura également a pris du retard, et il faudra visiblement encore l'attendre pendant 23 ans.

 

L'écrivain et lexicographe Samuel Johnson fut probablement l'un des premiers à plancher sur la réalisation d'un dictionnaire qui allait faire référence pour la langue anglaise, à partir de 1746. Mais son ouvrage achevé en 9 ans allait se faire détrôner un siècle et demi plus tard, par celui d'Oxford University Press, projet qu'avait annoncé Richard Chenevix Trench au cours d'une conférence à la British Library en 1857. 

 

Il s'agissait pour eux de surpasser les précédents lexiques, rassembler des définitions manquantes, améliorer les citations et l'organisation générale. Trench, à la tête du programme allait finalement quitter l'aventure pour jouer les doyens de Westminster. Ce projet de dictionnaire avait alors été confié à Herbert Coleridge, mais à sa mort deux ans plus tard des suites de la tuberculose, il allait revenir à Frederick Furniwall. 

 

Désireux de redonner du souffle au projet, Furniwall a sollicité un professeur de lycée écossais, James Murray, embauché en 1879 par Oxford University Press et chargé de boucler la publication en dix ans. Celui-ci ne devait encore se douter qu'il serait adoubé Chevalier 36 ans plus tard.

 

Si le délais allait être largement dépassé, Murray se lança néanmoins à la tâche à renfort d'appel à contributions adressés à la population. On retrouve ainsi parmi les contributeurs majeurs un certain docteur William Chester Minor, qui se trouvait alors enfermé dans un asile pour criminels après avoir été reconnu coupable de meurtre.

 

Ce ne fut finalement que le 28 janvier 1884 qu'a été publié le tout premier fascicule de ceux qui allaient composer la première édition de l'Oxford English Dictionary. Les 125 fascicules, soit 15.000 pages au total, que réunit la première édition du dictionnaire, ne prendraient finalement que 39 ans de retard. Malgré une date de publication repoussée, l'édition réalisée sous la houlette de Michael Proffitt semble donc dans la norme.